Transport

Grand port maritime de Martinique : transition énergétique et écologique

Grand port maritime de Martinique : transition énergétique et écologique

Les évolutions législatives et réglementaires obligent les ports à se réinventer.

Être en mesure de proposer de l’énergie

Globalement, le trafic est en augmentation de 2 % en 2018 : il repasse au-dessus de la barre des 3 millions de tonnes. Mais ce bon chiffre global masque des disparités”, déclare Jean-Rémy Villageois, président du directoire du Grand port maritime (GPM) de Martinique, conscient d’être dans une période de grande transformation.

Dans le détail, le trafic conteneurs est en hausse de 7,3 %, soit le meilleur chiffre depuis 2014, une tendance principalement portée par le transbordement : “Depuis trois ans, nous avons augmenté nos volumes transbordés de 10 000 EVP par an, ce qui est considérable”, confirme-t-il.

 

Transition écologique et énergétique

Autre bonne performance : le trafic vrac solide est en progression de 8,2 %, notamment grâce à l’importation de la biomasse qui progresse de 258 % ! “Nous sommes face à une transition écologique et énergétique, et les ports sont en première ligne !” : une déclaration confirmée par le GPM de Guadeloupe qui lui aussi s’organise pour recevoir ce nouveau trafic dès la fin 2019 (lire p. 40). Autre exemple : en Martinique, l’implantation de la ferme d’éoliennes à Grand-Rivière, dans le nord de la Martinique, a nécessité 65 escales !

L’import de marchandises diverses se porte également bien (+9,6 %), notamment grâce à l’importation de véhicules (+12 %). De même, le trafic roulier interîles progresse de 7,7 % : “Le trafic interîles s’industrialise. Pour preuve : la compagnie Marfret envisage d’y positionner un bateau neuf et le trafic en conteneurs se développe, notamment avec la mutualisation du traitement des déchets électroménagers en Guadeloupe”, détaille-t-il.

Du côté transport de passagers, les tendances sont similaires à celles observées en Guadeloupe (p. 40) : très bonne année pour la croisière basée (+15 %), mais début de reflux pour celle de transit (-3 %). “Pour y faire face, nous développerons un projet de croisière durable avec un investissement de 30 M€ sur 10 ans. Notre objectif est de créer de la convergence entre ce qui se passe sur le port et ce qui se passe dans toute l’île”, explique Jean-Rémy Villageois.

 

Effritement du trafic vrac liquide

Autre élément du trafic passagers : le trafic interîles. Il progresse de 22 % : “Ce sont les compagnes l’Express des îles et Jeans qui portent cette tendance. La gare interîles de passagers est un outil efficace qui trouve là sa pleine utilisation, et il a encore des capacités.

En ce qui concerne les escales, si la tendance est globalement bonne là aussi (+7,7 %), elle est principalement dû au trafic de marchandises (+15 %), celles des bateaux de croisière marquant le pas (-4 %).

Parmi les éléments préoccupants pour le GPM de la Martinique, l’effritement du trafic du vrac liquide du fait de la baisse régulière depuis trois ans de l’activité de la Sara (-17 %) et d’EDF (-11 %) : “Ces opérateurs évoquent des arrêts techniques, des travaux d’investissement, etc. Cependant, nous ne pouvons que constater qu’il y a moins d’importation de brut et de produits raffinés, ce qui a pour conséquence que la Sara produit moins de mélanges redistribués vers la Guadeloupe et la Guyane, territoires qui s’approvisionnent en direct depuis deux ans. Pour ces produits, la Martinique n’est plus un hub !” L’activité a chuté de 50 % en quelques années.

Ces transformations sont également consécutives à une évolution réglementaire forte : le taux de soufre dans le fuel devra passer de 3,5 % à 0,5 % en 2020, aussi bien pour les véhicules, les bateaux, etc. La population est de plus en plus sensibilisée aux problèmes de pollution, les voitures sont moins gourmandes en carburant, les régions ont défini leur trajectoire de transition énergétique qui favorise les énergies renouvelables… Nous sommes face à un changement de modèle économique : les discours doivent être plus clairs pour l’anticiper.

 

Incuber des start-up

Cette transition énergétique concerne également les ports : “À terme, nous devrons être en mesure de fournir de l’énergie propre aux navires, tels le butane (GPL) ou le gaz naturel liquéfié (GNL). Si nous ne le faisons pas, notre port pourrait perdre des escales : dans moins de dix ans, les ports devront être équipés de stations de fourniture de gaz, aussi bien pour les porte-conteneurs que pour les navires de croisière ! Cette évolution remet en cause les circuits traditionnels de distribution et favorise l’arrivée de nouveaux acteurs.

D’une manière plus large, dans cet environnement changeant, avec ses projets de green port validés dans son plan stratégique, la fourniture d’énergie pour les bateaux, etc., le port se restructure pour permettre le business et multiplier les échanges.

Cette transformation s’appuiera également sur le digital : “Nous voulons déployer notre partenariat avec MartiniqueTech. Nous réfléchissons à la mise en place d’un incubateur pour toutes les activités qui tournent autour du portuaire, du maritime, de la logistique et du big data, en lien avec l’incubateur ZeBox créé par CMA CGM.

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