Stratégie

Grand port maritime de Guyane : poursuivre la transformation

Grand port maritime de Guyane : poursuivre la transformation

Le port de Dégrad-des-Cannes fait sa mue pour entrer dans la cour des grands.

Nous sommes face à une mutation profonde” : Philippe Lomoine, président du directoire du Grand port maritime (GMP) de Guyane, le port de Dégrad-des-Cannes est en train de faire peau neuve. Cette transformation touche la manutention, les terre-pleins, le foncier et l’activité paraportuaire du port. “Notre objectif est d’ouvrir la Guyane à ses pays voisins, de susciter des créations de lignes maritimes et de favoriser le business en nous équipant d’un poste frontalier pour permettre le transit des marchandises.

En matière de modernisation de la manutention, les travaux sont lancés après deux ans de discussion : “Notre conseil de surveillance a validé l’investissement en septembre après que nous avons signé un accord en août avec les manutentionnaires pour le mode d’exploitation de deux grues et les tarifs de location. Les marchés ont été lancés et tout devrait être en activité mi 2020”, précise-t-il. Ce qui paraît simple revêt cependant une certaine complexité en Guyane : “Nous avons dû rehausser et renforcer les quais, parce que ceux d’origine ne pouvaient pas supporter de tels équipements. Pour les mêmes raisons, nous avons dû refaire toute l’alimentation électrique du port, redimensionner les groupes de secours, revoir les processus de maintenance, etc., parce que c’est la première fois que le port de Guyane sera équipé de grues !” Une transformation radicale qui coûte plus cher que prévu : 19 M€ au lieu de 12 M€.

La seconde modernisation a touché les terre-pleins : “Fin mars, nous avons pris la livraison de 10 000 m linéaires de quais : nous avons revu la collecte des eaux fluviales, préparé le dispositif pour le câblage des grues… Nous avons littéralement remis le port dans une dynamique de développement !

Du côté du domaine foncier du port, les choses semblent enfin bouger : “L’État devrait nous rétrocéder 17 hectares et nous finalisons l’achat de 2 hectares auprès de la Collectivité territoriale de Guyane (CTG) : tous les transferts devraient être achevés fin 2019.” Ces acquisitions devraient permettre au port de restructurer son arrière-port et de proposer des espaces à de nouveaux clients : “Outre les activités minières, nous aménageons une zone de 30 hectares, entre autres pour le prétraitement et le conditionnement de déchets avant export.”

 

Augmentation de trafic

Ces réaménagements commencent à porter leurs fruits : “Le trafic a augmenté de 5,41 % par rapport à 2016, ou de 10 % par rapport à 2017, année durant laquelle l’activité du port avait été ralentie à cause des événements sociaux de début d’année. Quoi qu’il en soit, cette progression remarquable a été possible grâce à la consommation des ménages, toujours en croissance, au secteur du BTP qui connaissait une forte activité tant pour le public que pour le privé, avec la construction du  pas de tir d’Ariane 6, la construction du Centre hospitalier de l’Ouest guyanais (CHOG), etc.”

En matière de croisières, le GPM de Guyane travaille avec le Comité du tourisme pour densifier les liaisons entre les îles du Salut, Kourou et Dégrad-des-Cannes. “Nous voulons devenir plus efficaces et augmenter la qualité de services pour toucher une clientèle haut de gamme sur des lignes innovantes comme Sénégal/Cayenne avec la compagnie Ponant.” En 2018, la Guyane a reçu 5000 croisiéristes.

Pour 2019, Jean-Rémy Budoc, le directeur du développement, est d’un enthousiasme mesuré : “Nous nous attendons à une baisse d’activité de l’ordre de 5 %, parce qu’il n’y a pas eu suffisamment d’appels d’offres sortis dans le cadre du plan de relance ; l’arrêt des forages par Total aura aussi un impact sur l’activité du port. Nous craignons une surchauffe en 2020. La situation pourrait s’inverser si la construction de logements sociaux prenait le relais.”

 

Poursuivre la transformation

Dans cette période incertaine, le GPM de Guyane poursuit sa transformation : “Fin 2019, nous ferons tous les équipements pour que les grues puissent bien être opérationnelles en 2020. Nous poursuivrons la réhabilitation des terre-pleins. Nous poserons la première pierre de notre Poste d’inspection frontalier (PIF) ; nous lancerons une étude d’aménagement pour le foncier que nous récupérerons, afin d’avoir une organisation la plus efficace possible. Au niveau du transfrontalier, nous avancerons sur les 100 hectares à aménager en zone de logistique à sec autour du pont à Saint-Georges-de-l’Oyapock : nous pourrions ainsi désenclaver l’État de l’Amapa, qui pourrait devenir un marché. Nous lancerons en 2019 une étude à ce sujet. En revanche, le projet de terminal à conteneurs et énergétique à Saint-Laurent-du-Maroni est suspendu à la décision en ce qui concerne les mines d’or. Si à long terme ce projet se fera au regard de la dynamique démographique dans cette région, à court terme, les projets des mines d’or auraient pu être des accélérateurs”, précise Philippe Lemoine.

La gouvernance du port rêve aussi à d’autres activités : “Avec le BRGM et la société de dragage du port qui pourrait créer un navire spécifique, nous sommes en train de constituer un tour de table pour répondre à l’appel à manifestation d’intérêt lancé par le Conseil régional de Guadeloupe au sujet des sargasses. Il s’agirait de récupérer les sargasses directement dans la mer des sargasses au large de la Guyane pour les traiter afin d’en faire de l’engrais pour les éleveurs, avant qu’ils s’échouent sur les côtes des Antilles. Nous recherchons un industriel pour le traitement.

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