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France-Antilles/Guyane : …et Xavier Niel débarqua !

France-Antilles/Guyane : …et Xavier Niel débarqua !

Et si la reprise des quotidiens des Antilles et de la Guyane pouvait être une bonne affaire pour Free…

Le tribunal de commerce de Fort-de-France vient d’enclencher une mesure exceptionnelle : après la liquidation prononcée le 30 janvier 2020 des activités principales et annexes d’AJR Participations (France-Antilles Guadeloupe, France-Antilles Martinique, France Guyane…),  il valide 18 jours plus tard la poursuite de l’activité jusqu’au 10 mars  suite à une requête en urgence du procureur de la République au motif que NJJ, la holding personnelle de Xavier Niel, voudrait faire une offre de reprise pour éviter la “disparition de toute presse d’information locale indépendante aux Antilles”, selon elle.

Cette procédure exceptionnelle suspend les procédures de licenciement des 235 salariés, le maintien de l’administrateur judiciaire et la diffusion d’un appel d’offres dans un journal, valable jusqu’au 2 mars à 15h précisément. La totalité des offres reçues seront examinées le 10 mars à 14h par le tribunal de commerce de Fort-de-France.

Cette procédure exceptionnelle est donc ouverte suite à une lettre d’intention de Xavier Niel à travers sa holding précisant que cette offre, qui sera assortie d’une proposition de reprise d’un nombre significatif de salariés et d’un maintien de l’activité papier, présentera un vrai projet de presse quotidienne avec la production d’une information de qualité tout en préservant les ressources éditoriales locales et en construisant une exploitation pérenne“. Au moment de la liquidation, les activités presse d’AJR Participations comptaient 235 salariés.

Marque d’intérêt surprise

Outre d’avoir pris le contrôle le 17 janvier 2020, suite à la décision de l’Autorité de la concurrence, de GN, entreprise qui édite les titres de presse quotidienne régionale Nice-Matin, Var-Matin et Monaco-Matin, ainsi que leurs sites internet, NJJ Holding détient également, par le biais de ses filiales, des participations contrôlantes au sein des sociétés qui éditent les titres de presse Le Monde et L’Obs ainsi que leurs sites internet.

Outre cette activité de presse, Xavier Niel est également le propriétaire de l’opérateur téléphonique Free, attendu aux Antilles-Guyane depuis 2016, suite à la décision de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des Postes (Arcep), d’introduire sur ces marchés un quatrième opérateur. Free dispose donc de fréquences en Guadeloupe, en Martinique, en Guyane, à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin.

Free Mobile a été lancé en 2018 à  Saint-Martin, mais aucun déploiement réel sur la Martinique, sur la Guadeloupe, sur la Guyane et à Saint-Barthélemy, alors que dans les attendus de l’Arcep, ils devraient être effectifs au plus tard au 30 juin 2020.

L’Arcep avait même précisé des paliers de déploiement par territoire et par année : pour la Guadeloupe, 50% de la population couverte en 2018 et 90% en 2022 ; pour la Guyane, 30% en 2018 et 70% en 2022 ; pour la Martinique, 50% en 2018 et 90% en 2022 ; pour Saint-Barthélemy, 75% en 2018 et 90% en 2022…

Cet marque d’intérêt surprise pour les quotidiens des Antilles et de la Guyane relèverait-elle d’une stratégie “disruptive” pour contourner ses obligations sur son métier historique sur ces marchés ? Ou est-ce encore un moyen d’envoyer un message à ses concurrents en se positionnant sur un secteur, – la presse quotidienne locale-, qui garde un niveau d’influence, malgré les déconvenues d’AJR Participations liés à des erreurs de toutes natures ? Dans le cas du rachat de Nice-Matin, Var-Matin et Monaco-Matin, c’est bien ce second point dont s’est assuré l’Autorité de la concurrence pour éviter des ventes publicitaires liées de nature à déstabiliser les marchés.

Quelle est en effet la véritable santé financière de Free ?

Mi 2018, Free a connu des difficultés importantes, notamment en Italie et en France. En Italie, les concurrents ont rapidement réagit à son arrivée, et ce qui devait être une stratégie triomphale a été une entrée sévèrement stoppée. En France, Bouygues a également réagi vigoureusement à la stratégie low-cost de Free en termes de prix, mais avec de la qualité de réseau et de service en plus. Cela a fait mal à Free qui a alors perdu des parts de marché importantes, et ce, jusqu’en septembre 2019.

Pour Free, les Antilles-Guyane ne sont plus une priorité !

Free a donc perdu beaucoup de clients : en 2015, son taux en matière d’expérience client est passé de 40 en 2015 à 5 en février 2020. De même en Bourse,  le cour d’Illiad, sa société mère, est malmené : il était de 220€ l’action en 2018, il est tombé jusqu’à 98€ et se situe aujourd’hui à 136€ avec une tendance baissière.

En France, Free est donc clairement en difficulté. L’entreprise est en train de se restructurer, de revoir son business modèle pour retrouver de la croissance et rassurer ses investisseurs. Depuis huit mois, Free se détourne donc de sa stratégie historique low-cost pour préférer se tourner vers la création de valeur, c’est-à-dire avec des offres plus chères.

Aujourd’hui, Free manque donc de moyens pour mener à bien toutes ses batailles télécom : la France, les Dom, l’Italie, Monaco, la Suisse… Les Antilles-Guyane sont-elles une priorité pour Illiad ? Sans doute non, surtout que, dans ces territoires, Free ne retrouvera face à Digicel qui a investit le marché low-cost.

Le groupe espère-t-il faire les Antilles-Guyane contribuer à son retour à meilleure santé en reprenant ses quotidiens ? La teneur de son offre donnera quelques pistes.

Le groupe espère-t-il assouplir, avec l’aide du gouvernement, les obligations édictées par l’Arcep lors de l’attribution des fréquences, le gouvernement étant en effet prêt de mettre 3M€ sur la table ? Dans le monde des grands…

 

 

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