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Fibre : Une avancée à tout petits pas aux Antilles et en Guyane !

Fibre : Une avancée à tout petits pas aux Antilles et en Guyane !

Tous les acteurs n’ont pas la même perception de l’importance du déploiement de la fibre. Résultat : les retards s’accumulent et les budgets explosent.

Cela fait longtemps qu’on en parle, des millions annoncés ici ou là sans aucune véritable réalisation, le sujet était sur les lèvres de tous les candidats durant la campagne électorale, et pourtant, la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane sont en retard pour le déploiement de la fibre : moins de 20 % de la population est aujourd’hui couverte par un service de fibre optique dans ces trois territoires. La Guyane n’est même qu’à 11 % de sa population !

La crise du Covid-19 et la généralisation du télétravail ont montré combien cet équipement est indispensable. Pour preuves, le plan France Très Haut Débit de 2020 prévoyait qu’en 2025 la totalité du territoire national serait fibré, les Antilles et la Guyane aussi. Dans le plan France Relance, le gouvernement vient de flécher 908 M€ pour l’accès aux usages numériques, dont 570 millions pour l’accélération de la généralisation de la fibre optique partout sur le territoire.

L’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep) a posé en 2016 le cadre du déploiement des réseaux Fiber to the Home (FTTH), pour fibre optique jusqu’au domicile : les infrastructures devront être mutualisées, c’est-à-dire que l’opérateur propriétaire du réseau devra proposer une offre au tarif de gros aux autres opérateurs afin qu’ils puissent, eux, faire des offres commerciales, évitant en outre la multiplication des infrastructures.

Aux Antilles et en Guyane, le sujet du déploiement de la fibre est sur la table. En 2016, dans le cadre de l’appel à manifestations d’intention d’investissement (AMII), les opérateurs que sont Orange, SFR, Dauphin Telecom, THD Tel et Guyacom, ont indiqué à la puissance publique qu’ils déploieraient sur leurs propres fonds de la fibre dans certaines villes (voir encadrés). Sur ces chantiers, qui devaient normalement s’être achevés en 2021, le retard est estimé à deux ans en moyenne.

Pour le reste des territoires, dans les zones moins peuplées, les collectivités ont lancé des appels d’offres pour la construction et la commercialisation des réseaux d’initiative publique (RIP). La Martinique a signé en 2017 des délégations de service public, l’un avec le consortium Orange et Constructel pour la construction du réseau, l’autre avec XP Fibre (ex-SFR FTTH) pour maintenir et commercialiser l’infrastructure pendant 25 ans (voir encadré ci-dessus). En Guadeloupe, le conseil régional a opté en 2019 pour XP Fibre aussi bien pour la construction que pour la commercialisation de la fibre (voir encadré ci-dessous).

 

Signature en Guyane

Quant à la collectivité territoriale de Guyane, elle vient juste de boucler, lors de sa dernière plénière ce 21 mai 2021, un projet de DSP lancé en 2019 en confiant à Orange le soin de construire l’infrastructure fibre sur l’intégralité des communes du littoral, de Saint-Laurent-du-Maroni à Saint-Georges-de-l’Oyapock, à savoir à Matoury, Apatou, Mana, Awala-Yalimapo, Sinnamary, Iracoubo, Macouria, Montsinery-Tonnegrande, Roura, Régina. Les travaux devraient commencer fin 2022 pour s’achever en 2026 et 36 692 prises devraient être raccordées.

De son côté, pour faire avancer le déploiement, la collectivité territoriale de Saint-Martin a créé en 2020 la société SAS Tintamarre avec la Caisse des Dépôts et Consignation (CDC) et Dauphin Telecom. Elle doit effectuer 72 km de génie civil enfoui qui seront mis à disposition des opérateurs pour fibrer le territoire.

Quelques soient les territoires, lors de l’avancée des travaux, les opérateurs se retrouvent confrontés aux mêmes difficultés. La première : le manque de personnel formé  : poser de la fibre est un nouveau métier. Il manque par exemple des soudeurs de fibre. La formation n’a pas suivi malgré les annonces.

Les autres difficultés tiennent aux montages financiers des dossiers, encore trop chancelants, et au non-respect de la législation. Par exemple, depuis 2012, lors de la pause de gaines, des espaces doivent être réservés pour la fibre ou les télécoms. Souvent, aujourd’hui encore, les routes et chaussées sont recassées. Il en est de même dans les bâtiments neufs qui trop souvent encore n’ont pas de conduites adaptées, et ce malgré la mise à jour en 2016 du guide de déploiement de la fibre par tous les syndicats professionnels parties prenantes de ce type d’ouvrage. Quant aux bâtiments anciens, les plans ont souvent disparu, voire n’existent pas pour l’habitat spontané. En Guyane, la faiblesse de l’adressage ralentit aussi les raccordements.

Délais rallongés

Une autre difficulté vient d’une bizarrerie : alors que l’affichage politique est réel, peu d’élus s’activent véritablement pour le déploiement opérationnel de la fibre. Cela se matérialise par des délais rallongés pour obtenir les autorisations de passage ; pour l’obtenir les permis pour installer les boîtes de raccordement, les coûts demandés pour ces petits bouts de terrain, le temps pour mettre à disposition les documents techniques indispensables au passage d’un réseau, etc. Quant aux bailleurs sociaux, peu d’entre eux semblent avoir pris la mesure de l’ambition nationale : beaucoup traînent encore les pieds pour autoriser l’intervention dans leurs parcs en fournissant plans et accès.

Pour ce qui est du prix de revient d’une prise, aux Antilles et en Guyane, les tarifs varient : l’Arcep a défini un prix péréquaté de 500€ HT en moyenne pour les zones où l’habitat est dense. En revanche, dès que les opérateurs se retrouvent en zone un peu difficile d’accès, le coût à la prise oscille entre 1000€ et 3000€ aux Antilles, voire 3300€ en Guyane ! Pour rappel, la région Alsace sort un prix à la prise de 100€ sans subvention ! Avec de tels écarts financés par de l’argent public, cela vaut  coût que chacun soit au taquet pour que l’avancée de ces dossiers soient effective et non plus seulement un gouffre financier !

 

Martinique :  une DSP d’un montage complexe, vecteur de ralentissement

Pour couvrir de fibre les zones non déployées en propre par les opérateurs télécoms (Orange et SFR), la collectivité territoriale de Martinique (CTM) a opté pour confier d’un côté la construction de l’infrastructure à Orange en groupement avec Constructel en 2017, et de l’autre, dès que des tranches seront livrées, l’exploitation la commercialisation en gros à Martinique THD, filiale d’Altice à travers SFR FTTH devenu depuis peu XP Fibre. C’est une délégation de service public de 25 ans débutée en 2017. Un réseau de 4500 km est à construire pour la mise en exploitation de 130 000 prises. Après une phase d’études, les travaux ont débuté en 2018 pour couvrir 31 communes. À savoir Case-Pilote, Trois-Îlets, Sainte-Luce, Lorrain, Marigot, Lamentin et Ducos en 2021 ; Gros-Morne, Rivière-Pilote, Saint-Esprit, Saint-Pierre, Morne-Rouge, Prêcheur, Fonds-Saint-Denis, Trinité, Sainte-Marie en 2022 ; Le François, Basse-Pointe, Ajoupa-Bouillon, Grand-Rivière, Macouba, Saint-Joseph, Rivière-Salée, Robert et Vauclin en 2023 ; et enfin Diamant, Anses d’Arlet, Marin, Sainte-Anne, Bellefontaine, Carbet et Morne-Vert en 2024.

Même si la technologie déployée est la même et nécessite le même haut niveau de compétence de toutes les équipes en présence, la réception de l’infrastructure par l’exploitant s’avère laborieuse. Ainsi, seules les prises installées aux Trois-Îlets entreront en exploitation à partir d’octobre 2021 ; Case-Pilote devrait suivre, ce qui fera au mieux 7000 prises en exploitation en 2021 sur un total de 130 000. Le constructeur comme l’exploitant certifient que tout sera achevé en 2024.

 

Orange : Les déploiements en propre en Martinique

En 2016, Orange s’est engagé à fibrer deux communes : Schœlcher et Fort-de-France. La pose de 33 armoires de raccordement et le déploiement de 200 km de fibre ont été achevés en mai dernier à Schœlcher. Ainsi, 12 000 prises réparties dans des logements et commerces donnent accès à l’Internet à très haut débit à 100 % de la population schœlchéroise. La ville de Fort-de-France devrait suivre début 2022, ce qui fera pour ces deux sites 44 400 prises au total.

Par ailleurs, l’opérateur s’est engagé à déployer également sur ses fonds propres des quartiers dans dix communes : à Ducos, au Saint-Esprit, à Saint-Joseph, à Sainte-Marie, à Rivière-Salée, au Robert, au Lamentin, au François, à Trinité et au Gros-Morne. Sur cette partie, Orange avance au fil de l’eau. Aujourd’hui, 1300 prises sont ouvertes sur un total de 186 000.

À la fin du programme total prévu en 2024, Orange aura ouvert 230 000 prises en propre en Martinique.

 

Guadeloupe :  SFR FTTH devenu XP Fibre fait tout !

Pour couvrir de fibre les zones non déployées en propre par les opérateurs télécoms (Orange et SFR Caraïbes), le conseil régional de Guadeloupe a confié la construction de l’infrastructure ainsi que sa commercialisation en gros à SFR FTTH, devenu depuis peu XP Fibre. C’est une délégation de service public (DSP) de 24 ans débutée en 2019 portée par Digital Guadeloupe, filiale de XP Fibre à 85 % et de Dauphin Telecom à 15 %, cette dernière société apportant dans la DSP le réseau qu’elle a construit en propre sur Saint-François.

Selon le constructeur, le chantier a pris un an et demi de retard. Ainsi, 43 600 prises doivent être déployées dans 12 communes : Anse-Bertrand, Baillif, Bouillante, Capesterre de Marie-Galante, Deshaies, La Désirade, Grand Bourg, Petit-Canal, Pointe-Noire, Port-Louis, Saint-François, Saint-Louis. Durant le premier trimestre de 2022, les communes de Deshaies, de Saint-François, de Petit-Canal et de Saint-Louis de Marie-Galante seront livrées, soit 12 000 prises. XP Fibre programme d’achever la totalité du déploiement en 2024.

Au fur et à mesure du déploiement, Digital Guadeloupe met à disposition de tous les autres opérateurs l’infrastructure de manière mutualisée.

 

Orange : Les déploiements en propre en guadeloupe et à Saint-Martin

En Guadeloupe, Orange s’est engagé à déployer 16 communes en propre, soit l’équivalent de 180 000 prises. Ce sont les communes de Pointe-à-Pitre, de Basse-Terre, de Petit-Bourg, de Baie-Mahault, des Abymes, du Gosier, du Moule, de Sainte-Rose, du Lamentin, de Capesterre-Belle-Eau, de Morne-à-l’Eau, de Saint-Claude, de Trois-Rivières, de Goyave et de Vieux-Fort.

Les travaux ne sont achevés dans aucune commune. Les plus avancées sont celles de Petit-Bourg (90 %), de Basse-Terre (85 %) et de Pointe-à-Pitre (60 %). Les prises devraient être ouvertes d’ici la fin de l’année.

Les travaux sont en cours à Baie-Mahault, à Saint-Claude, aux Abymes, au Moule, à Morne-à-L’Eau, au Gosier, au Lamentin et à Trois-Rivières. Ils devraient commencer en 2022 à Sainte-Rose, Goyave, Capesterre-Belle-Eau, Gourbeyre et Vieux-Fort. Orange pense achever la totalité des déploiements en 2024.

À Saint-Martin, Orange s’est engagé à déployer 16 000 prises en fonds propres dans 14 quartiers. Aujourd’hui, 5300 logements sont raccordables dans 10 quartiers, à savoir Quartier d’Orléans, Oyster Pond, Anse Marcel, Cul-de-sac, Mont-Vernon, Orléans Spring, Hope Estate, Concordia, Concordia Spring et Marigot.

Les travaux ont débuté pour les quartiers Galisbay, Friar’s et Agrément. Le déploiement total devrait être achevé en 2023.

Orange : Les déploiements en propre en Guyane

En Guyane, Orange s’est engagé à déployer 52 000 prises en fonds propres, d’une part à Rémire-Montjoly et à Cayenne, d’autre part dans les zones de logements et immeubles neufs à Matoury, Soula, Grand-Santi, Macouria et Saint-Laurent-du-Maroni. Aujourd’hui, sur ce total, 10 500 prises peuvent être activées à Rémire-Montjoly et 19 000 prises à Cayenne.

 

Guyacom : Les déploiements en propre 

En Guyane, Guyacom a déployé en propre une dorsale sur la RN2 de 200 km entre Cayenne et Saint-Georges-de-l’Oyapock, passant ainsi à quelques encablures de Roura et de Régina. Par ailleurs, l’opérateur télécom guyanais a fibré une partie de Cayenne, de Rémire-Montjoly, au quartier de Carapa à Macouria et de Régina, soit un total de 3000 prises dont 1000 raccordées.

 

Dauphin Telecom : Les déploiements en propre

À Saint-Martin, Dauphin Telecom a équipé en propre sept quartiers : Baie orientale, Baie Netlé, Bellevue, Cul-de-Sac, Grand Case, Hope Estate et Mont Vernon I et II, soit un total de 3100 prises sur 17 000.

À Saint-Barthélemy, la société a couvert huit quartiers : Devet, Grand-Cul-de-Sac, Marigot, Mont-Jean, Pointe-Milou, Petit-Cul-de-Sac, Toiny et Viter.

En Guadeloupe, la société a couvert la ville de Sainte-Anne.

En Martinique, Dauphin Telecom a déployé la fibre à Fort-de-France dans les quartiers de Bellevue, Cabasse, Clairière, Didier-Cluny, Dillon Stade, Dillon Port et Kerlys.

 

SFR Caraïbes : Les déploiements en propre en Martinique et en Guadeloupe

SFR Caraïbes s’est engagé à couvrir en fibre 10 communes en Martinique en fonds propres. Il s’agit de Sainte-Marie, Trinité, Robert, François, Ducos, Rivière-Salée, Lamentin, Saint-Joseph, Saint-Esprit et Gros-Morne, soit l’équivalent de 50 000 prises sur un total global de 200 000 prises. Les travaux sont réalisés à hauteur de 60 % : l’opérateur pense tout achever d’ici fin 2022, début 2023.

En Guadeloupe, SFR Caraïbes s’est engagé sur fonds propres pour deux communes : Capesterre-Belle-Eau et Morne-à-L’Eau, soit l’équivalent de 60 000 prises sur un total global de 200 000. Les travaux sont en cours.

SFR Caraïbes ne déploie pas en Guyane ni à Saint-Martin. Comme l’exige l’Arcep, l’opérateur peut proposer des offres commerciales utilisant les infrastructures des autres opérateurs, tout comme les siennes sont accessibles aux autres.

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