Editorial

Fenêtre de tir

Fenêtre de tir

Jamais les Antilles-Guyane n’ont connu période aussi propice pour briser les carcans qui les entravent !

Le moment est historique. Pourquoi ? Parce que le coronavirus fait vaciller le concept économique basé sur l’économie d’échelle et les grands ensembles conçu par les pays dits développés et qu’ils sont parvenus à imposer au monde. Parce qu’il contraint les continentaux à se recentrer sur eux-mêmes : ils font face à leurs limites. Parce que beaucoup de stratégies imaginées par la France pour “tenir” les outre-mer, et singulièrement les Antilles-Guyane, sont en train de voler en éclats.

On le constate avec la fronde autour des pesticides (p. 10) : la pétition (1) du député Olivier Serva bat tous les records. Elle est le moyen pour la masse silencieuse d’exprimer qu’elle n’est pas d’accord que soit envisagé de classer sans suite une affaire qui traîne dans les couloirs des tribunaux depuis 16 ans au motif que des pièces auraient été perdues !

On le constate encore autour du transport aérien (p. 32). Oui, la reprise de la compagnie Corsair présente des risques : qui vit sait au fond de lui que le risque est inhérent à la vie même. Rien ni aucune assurance ne parviendra à annuler cet élément fondateur. Ici, le risque est au niveau de la nouvelle gouvernance : des correctifs peuvent l’amoindrir. Car le risque est encore plus grand pour ces territoires de se retrouver de nouveau aux mains de stratèges dont les réels intérêts sont loin de ses rives. L’attention au bien commun doit conduire chacun à se dépasser.

On le constate enfin dans le transport maritime. L’Europe prend des décisions qui sont mortifères pour les régions d’outre-mer : permettre aux grandes compagnies maritimes d’utiliser les mêmes bateaux pour les desservir est le socle même de la vie chère qui les terrasse.

Les outre-mer sont en outre des déversoirs de produits venus d’ailleurs, souvent de médiocre qualité : “marchés de dégagement” est leur nom dans les traités ! Impossible dans ces conditions d’y développer, malgré des artifices, une production locale. Impossible aujourd’hui de traiter, avec les îles voisines dans la même situation, cette masse de déchets qui déborde.

Grâce au coronavirus, une fenêtre de tir exceptionnelle s’est ouverte pour les outre-mer : celle de briser les carcans qui les entravent. Les femmes et les hommes sont là, formés, pétris d’un amour de cette zone particulière qu’est la Caraïbe, se retroussant déjà les manches. Les conditions de la réussite : que tout soit mis sur la table, y compris l’argent de ceux qui ont bien vécu grâce à l’ancien système ! Nn

 

 

(1)https://www.mesopinions.com/petition/nature-environnement/prescription-crime-chlordecone/124508

 

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