Entretien

Christophe Laurent, directeur Antilles-Guyane de la Caisse des Dépôts/Banque des Territoires : “Aucun projet ne doit être bloqué pour manque de fonds !”

Christophe Laurent, directeur Antilles-Guyane de la Caisse des Dépôts/Banque des Territoires : “Aucun projet ne doit être bloqué pour manque de fonds !”

Pour le directeur Antilles-Guyane de la Caisse des Dépôts/Banque des Territoires, la dynamique d’investissement devrait se poursuivre en 2021 avec comme secteurs clés, le tourisme et la transition écologique.

Comment la Caisse des dépôts et consignation a-t-elle passé cette année 2020 si particulière ?

La Caisse des dépôts et consignations (CDC) a été présente dès le début de la crise auprès de ses clients, à savoir les professions juridiques, les bailleurs sociaux et tous nos autres clients d’une manière générale. La CDC leur a apporté son soutien sous forme de prêts de trésorerie, de reports d’échéances, d’abandons de loyers, etc. 2020 a également été l’année de l’intégration de la Poste dans notre périmètre.

La CDC, bien que robuste, a été touchée par la crise : un certain nombre d’actifs se sont dépréciés avec la crise sanitaire, c’est notamment le cas de ceux portés par Bpifrance, qui affiche un recul de 113 M€. Nous avons reçu moins de dividendes de notre important portefeuille financier, et avons même dû sauver certaines filiales qui présentaient des résultats nets négatifs, tels Transdev (-109 M€) ou encore la Compagnie des Alpes (-104 M€).

La contribution de la CDC au budget de l’État a également baissé : elle a été de 514 M€ en 2020 contre 1,4 Md€ en 2019. Grâce à la dynamique France Relance, l’année 2021 s’annonce sous de meilleurs auspices. La CDC contribue à hauteur de 26 Md€ aux 100 Md€ du plan de relance et, d’ici 2024, notre ambition est d’investir 7,8 Md€, dont 1,4 Md€ dans les énergies renouvelables.

Dans la même période, la CDC souhaite également investir quelque 13,5 Md€ dans le logement social : ces ambitions auront une transcription dans les outre-mer et singulièrement aux Antilles-Guyane.

 

Quel a été le niveau d’activité de la CDC aux Antilles-Guyane en 2020 ?

Cette année a été exceptionnelle à plus d’un titre ! D’une part, les équipes ont été opérationnelles dès le premier jour du confinement, parce que nous sommes habitués à travailler à distance. Nous avons donc pu mener à terme de nombreux dossiers, comme l’investissement de 300 M€ aux bailleurs sociaux et collectivités des Antilles-Guyane.

Nous avons par exemple financé la construction de 1966 logements neufs et la réhabilitation de 1360 autres. Nous avons octroyé un près de 33,5 M€ à la Collectivité territoriale de Guyane, dont un Edu Prêt de 22,5 M€ pour financer la construction de lycées et de collèges, ainsi qu’un Mobi Prêt de 11 M€ pour la construction d’infrastructures routières. En Martinique, nous avons prêté 6 M€ à l’Espace Sud afin qu’il finance la construction de son nouveau siège à Rivière-Salée ; ou encore 3 M€ à l’Établissement public foncier de Guadeloupe.

 

Avez-vous eu une action particulière envers les professions judiciaires des Antilles-Guyane durant cette année 2020 ?

Oui ! Pour les notaires, les administrateurs judiciaires, les huissiers, nous avons signé quelques 24 prêts de trésorerie pour un total de 3,5 M€ et la Banque des Territoires a mobilisé 6,9 M€ de prêts de long terme pour leurs projets,  ; c’est historique !

 

Qu’en a-t-il été pour le secteur privé ?

Nous avons également été très actifs. Par exemple, à Saint-Martin, nous avons investi 10 M€ pour la réhabilitation du parc hôtelier touché par le cyclone Irma en 2017. Ou encore, dans ce même territoire, au sein de la SAS Tintamare avec la collectivité de Saint-Martin qui détient 40 % du capital et Dauphin Telecom qui en détient 20 %, nous investissons 1,5 M€ pour l’enfouissement du réseau de télécommunication électronique dans cette île.

En Guyane, nous accompagnons le projet Yana Wassaï à travers un prêt de 585 000€ pour la construction d’une usine de transformation de produits agroalimentaires, ou encore nous accompagnons le groupement qui va exploiter le transport collectif en site propre (TCSP) de l’agglomération de Cayenne avec un prêt de 1,5 M€.

Au total, à travers les projets que nous finançons aux côtés notamment de Bpifrance, de l’AFD et des banques, nous avons investi aux Antilles-Guyane 28 M€ en 2020 alors qu’habituellement l’investissement annuel tourne autour de 5 à 10 M€. Quand nous investissons 1€, grâce à l’effet levier auprès des autres partenaires, cela équivaut à 200 M€  investis dans des projets aux Antilles-Guyane durant cette année 2020.

 

Ce dynamisme s’est-il également exprimé vers les TPE et le secteur de l’économie sociale et solidaire ?

Nous avons investi quelque 4,1 M€ dans les fonds d’urgence pour les petites entreprises, qui ont permis de leur octroyer des prêts à taux zéro.

 

Après ces chiffres exceptionnels en 2020, quelles sont les premières tendances pour 2021  ?

En 2021, nous demeurons sur la même lancée. Les équipes sont mobilisées pour ne pas ralentir la cadence, et ce avec la dynamique des plans de relance. Ainsi, nous continuons à être présents auprès des collectivités et des bailleurs sociaux. Nous répondrons à la demande des professions juridiques. Nous nous intéressons également à la résolution des problèmes de l’eau aux côtés des régions et de l’État, dans un esprit de cohérence par rapport à l’ambition touristique des territoires.

En matière d’investissements privés, nous travaillerons sur deux axes : le tourisme et la transition écologique.

Par exemple, nous sommes attentifs aux projets concernant le numérique, la télémédecine et le renforcement des circuits courts. Ou encore, avec les hôteliers des Antilles, nous travaillons à faire sortir les actifs des bilans afin de leur redonner un peu d’air et qu’ainsi ils rénovent leurs établissements, qu’ils les fassent monter en gamme et qu’ils développent de nouvelles offres en imaginant des modèles durables, vertueux avec l’écosystème local.

 

Comment intervenez-vous dans ces projets  ?

Nous pouvons intervenir en tant qu’actionnaire toujours minoritaire, en prêteur ou en ingénierie. Notre objectif est que les projets ne soient pas bloqués à cause de problèmes de ressources.

Par exemple, dans les énergies renouvelables, nous sommes au capital des Éoliennes de Sainte-Rose, de Géothermie Bouillante, de Voltalia en Guyane, et nous regardons les projets d’hydrogène vert.

Pour accélérer la transition énergétique, nous intervenons également en ingénierie et en tant que prêteur avec les prêts relance verte auprès des collectivités. Elles peuvent bénéficier de remboursements jusqu’à 50 ans. Elles peuvent ainsi rénover leurs bâtiments. Et pour les collectivités en difficultés financières, nous avons construit le dispositif Intracting qui est une avance remboursable grâce aux économies réalisées. Les non-dépenses permettent de financer l’investissement. Nous leur proposons également des packages comprenant du diagnostic et du financement long terme pour accélérer la sortie des projets.

 

Avec ces nombreuses lignes budgétaires proposées par des acteurs différents tels ceux de la CDC, de l’AFD, de l’Ademe, de l’ARS, dans les plans de relance, etc., pour le public et comme pour le privé, il y a de quoi s’y perdre : comment y mettez-vous de la fluidité ?

Avec l’ensemble des acteurs autour du financement, nous faisons preuve de pédagogie. Avec les préfets des trois territoires, nous jouons les synergies. Nous sommes conscients de la nécessité de mutualiser les connaissances et de simplifier l’approche. De vrais efforts sont faits pour parler d’une même voix : c’est la seule condition si nous voulons pouvoir utiliser les fonds dans le temps imparti.

 

Vis-à-vis du secteur privé, quels sont vos objectifs en 2021  ?

Les objectifs sont faits pour être dépassés : en 2020, nous nous fixions 10M€ en investissements privés, nous avons fait 28M€. Nous nous sommes de nouveau fixé 10M€, nous souhaitons faire mieux que 28M€ !

 

CDC Antilles-Guyane : chiffres clés

Fonds d’urgence : 4,1M€

– Prêts signés : 295M€

– Investissements fonds propres : 28M€

– Dépôts et consignations : 734M€

 

 

Partager cet article :

Suggestion d'articles :