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Chlordécone : ce que dit l’étude Kannari

Chlordécone : ce que dit l’étude Kannari

L’étude Kannari sur l’imprégnation de la population antillaise par le chlordécone a été réalisée auprès de 919 foyers en Martinique et 880 en Guadeloupe.

> L’étude Kannari menée par l’agence nationale de santé publique française avec entre autres l’ANSES et les ARS sur l’imprégnation de la population antillaise par le chlordécone et certains composés organochlorés en 2013 et 2014 a été réalisée auprès de 919 foyers en Martinique et 880 en Guadeloupe. À ce titre, 770 prélèvements sanguins ont été réalisés, dont 742 dosages du chlordécone. L’âge moyen dans la population d’étude était de 48,2 ans, avec des âges minimum et maximum respectivement de 19 et 88 ans. Une personne sur trois était de corpulence normale et deux personnes sur trois étaient en surpoids, voire en situation d’obésité. Un peu plus des trois quarts de ces personnes étaient nées en Martinique ou Guadeloupe. Enfin, 38 % d’entre elles avaient déclaré être atteintes d’hypertension et 12 % avoir un antécédent d’hypercholestérolémie. Environ 83 % de la population d’étude résidait dans des zones terrestres non contaminées par le chlordécone. En revanche, seulement 48 % des personnes résidaient dans des zones maritimes non contaminées par le chlordécone.

> L’étude Kannari devait concerner à l’origine 2514 foyers en Guadeloupe et 2548 foyers en Martinique. À cause de logements vacants ou détruits, de personnes décédées et de refus de participation, l’échantillon s’est réduit à 880 foyers en Guadeloupe et à 919 foyers en Martinique. Nouvelles pertes en ligne quand il a fallu réaliser les prélèvements sanguins, entre autres pour refus, soit 310 réalisés en Guadeloupe et 460 en Martinique pour arriver à 292 dosages de chlordécone réalisés en Guadeloupe et 450 en Martinique. C’est le premier échantillon de cette taille disponible en Martinique et en Guadeloupe en population générale et les indicateurs produits ont été déclarés suffisamment robustes par les chercheurs pour estimer les niveaux d’imprégnation par le chlordécone et les autres composés organochlorés en population générale.

> Après son absorption, le chlordécone se distribue principalement dans le sang, le foie et les tissus adipeux, c’est-à-dire les graisses.

> En Guadeloupe, le chlordécone a été détecté dans 94,9 % des échantillons de l’étude Kannari. Dans ce territoire, les niveaux d’imprégnation par le chlordécone augmentent avec l’indice de masse corporelle (IMC). Ils sont plus élevés chez les sujets âgés de 40 ans et plus par rapport aux sujets âgés de 19 à 39 ans. Plus l’indice de masse corporelle des sujets est élevé, plus l’imprégnation au chlordécone augmente. Les personnes les plus contaminées cumulent plusieurs facteurs d’exposition : lieu de résidence en zone contaminée, activité de marin-pêcheur, consommation élevée de poissons frais, de coquillages et de mollusques, de légumes racines et de tubercules, et approvisionnement exclusif par autoproduction, dons et achats en bord de route. Selon l’étude, les sujets les plus exposés résident plus souvent dans une zone contaminée (54 % contre 37 % globalement). Il y a également plus de marins-pêcheurs (16 % contre 8 %) et leur consommation de coquillages et mollusques est significativement plus élevée.

> En Guadeloupe comme en Martinique, la contamination au chlordécone augmente avec la consommation de poissons frais (toutes espèces confondues) et par le fait de résider dans une zone de contamination terrestre. Il en va de même, mais dans une moindre mesure, pour la consommation de viandes blanches (volaille et porc) et la consommation d’alcool.

> En Martinique, le chlordécone a été détecté dans 92,3 % des échantillons de l’étude Kannari. Dans ce territoire également, l’imprégnation augmente avec l’indice de masse corporelle et l’âge. Ils sont plus élevés chez les femmes que chez les hommes.

> En Martinique, l’imprégnation augmente si l’on réside dans une zone de contamination terrestre par le chlordécone.

> En Martinique comme en Guadeloupe, plus le niveau scolaire augmente, moins l’imprégnation par le chlordécone est importante. Les personnes nées hors de ces deux îles sont également moins touchées.

> L’étude Kannari démontre que le fait de résider en zone contaminée par le chlordécone terrestre ou maritime influence également les concentrations sériques de chlordécone, ce qui peut refléter l’existence d’une exposition liée à une pollution résiduelle des milieux. Cette augmentation du niveau d’imprégnation chez les individus résidant en zone de contamination terrestre ou maritime peut s’expliquer en tout ou en partie par la consommation d’aliments en provenance dans ces zones, qui s’avèrent plus contaminés que ceux provenant de zones non contaminées. Cependant, l’exposition par contact avec les sols et les poussières contaminés en zone de contamination terrestre ou bien par la baignade en zone de contamination maritime ne peut être exclue.

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