Entretien

Brigitte Berthelot-Leblanc : “Nous avons un bon maillage pharmaceutique outre-mer !”

Brigitte Berthelot-Leblanc : “Nous avons un bon maillage pharmaceutique outre-mer !”

Comme leurs collègues en France continentale, les pharmaciens d’outre-mer voient évoluer leur modèle économique. Après une grave crise en 2009, les pharmacies des Antilles-Guyane retrouvent une santé financière et font face aux mutations de la profession.

Qu’est-ce que la section E ?

La section E est l’une des sept sections de l’Ordre national des pharmaciens. La section E regroupe tous les pharmaciens d’outre-mer. Ce sont ceux de Guadeloupe, de Guyane, de la Martinique, de la Réunion, de Mayotte ainsi que de Wallis et Futuna et de Saint-Pierre et Miquelon. Nous sommes 1800 dont 360 en Martinique, 380 en Guadeloupe et 100 en Guyane. J’entame mon second mandat à la présidente de cette section.

Comment se porte le réseau des pharmaciens aux Antilles-Guyane ?

L’activité est stable, elle est moins catastrophique qu’en 2009. Il n’y a pas eu beaucoup de regroupements outre-mer. Comme ailleurs, nos pharmaciens ont souffert des effets de la politique gouvernementale  en matière d’économies dans le secteur de la santé, en demandant notamment aux laboratoires de baisser les prix des médicaments. A l’époque, les pharmaciens fonctionnant sur une marge en fonction du coût du médicament et la marge baissant, l’impact a été direct sur leur chiffre d’affaires. Depuis, suite à des négociations entre les syndicats professionnels et la Sécurité sociale, le prix du médicament a été dissocié de la rémunération des pharmaciens. Ce mouvement est encore en cours. Par exemple, il y a désormais un forfait par ordonnance qui est appliqué aux pharmaciens au lieu que ce soit une marge sur la boîte de médicaments. C’est ce changement qui a redonné un peu de souffle aux pharmaciens qui ont pu ainsi reconstituer leur marge. Les discussions se poursuivent : nous sommes encore dans une phase transitoire.

Quelles sont aujourd’hui les missions du pharmacien ?

La loi de juillet 2019 a fait évoluer nos missions. Depuis octobre 2019, nous vaccinons. et peut-être que demain nous pourrons renouveler des médicaments pour les maladies chroniques sans que le patient n’ait besoin de revoir le médecin, et nous pourrons dispenser des traitements sans ordonnance, par exemple en cas de traitement pour une infection urinaire avec un antibiotique flash. Les textes ne sont pas encore parus, mais c’est prévu par la loi.

Outre donc ces nouvelles fonctions, quel est le rôle du pharmacien ?

La loi a réaffirmé le rôle du pharmacien dans la chaîne de soin, en coordination avec les autres professionnels les autres professionnels de santé que sont les médecins, les infirmiers, les kinésithérapeutes, etc.

Comment votre profession vit-elle la montée en puissance de l’informatisation de votre secteur ?

Nous avons été la première profession de santé à nous informatiser. Nous avons développé le dossier pharmaceutique depuis dix ans. C’est un outil que nous avons conçu et, grâce à la carte Vitale, après accord du patient, nous pouvons stocker jusqu’à quatre mois de traitement, nous avons l’historique qui nous permet d’éviter les interaction entre les médicaments, et qui permet aux urgentistes de connaître plus rapidement l’état de santé d’un patient. Nous y stockons également l’historique des vaccins sur 21 ans, etc. Maintenant, nous attendons des avancées en matière de prescription électronique, du commerce électronique du médicament. L’évolution de la profession passe par la digitalisation. Nous sommes prêts et il est prévu que nos outils s’intègrent dans le dossier médical partagé.

Comment votre métier s’organise-t-il face au déploiement de la parapharmacie et de la vente en libre-service ?

80% du chiffre d’affaires des officines est encore réalisé avec la vente de médicament. La parapharmacie est un plus que certains pharmaciens développent plus que d’autres. Quant à la vente en libre-service, le gouvernement fait marchine-arrière pour certains produits, par exemple pour le paracétamol.    Mais notre activité demeure centrée sur le médicament

Nous sommes dans une zone sujette à des événements climatiques de plus en plus violents, des épidémies de type dengue, zika, etc., le rôle du pharmacien est-il repensé sous cet éclairage ?

Nous faisons partie du plan de crise mis en place par les Agences régionales de santé (ARS) aux Antilles-Guyane que nous avons pu tester après le passage du cyclone Irma et qui a bien fonctionné. Nous avons en outre un bon maillage des territoires : nous avons estimé que 97% de la population se trouve à 10 minutes maximum d’une pharmacie.

Qu’en est-il de la problématique de rupture des médicaments aux Antilles-Guyane ?

Nous sommes face à une problématique mondiale et les pharmaciens font toujours tout leur possible pour trouver des solutions pour les patients. Cela dit, parce que nos grossistes répartiteurs ont l’obligation d’avoir un stock tampon de quatre mois outre-mer, ce qui était considéré auparavant comme un désavantage, nous met à l’abris des problèmes de rupture. Aux Antilles-Guyane, il n’y a pas eu à ma connaissance de rupture majeure de médicaments.

Avec les problématiques du chlordécone, des sargasses, des pesticides d’une manière plus générale, les pharmaciens développent-ils un discours ou une offre particulière pour les populations ?

Nous ne sommes pas en première ligne pour ces problématiques. Nos confrères ne nous remontent rien de particulier. Notre rôle est de rassurer les populations quand elles nous posent des questions. Par exemple, nous rassurons nos patients hommes qui se posent des questions sur le lien entre le cancer de la prostate et le chlordécone : en nous  basant sur la littérature scientifique établie, ce lien n’est pas établi. Il apparaîtrait plutôt que ce serait un problème racial. Nous sommes dans une phase incertitude et nous faisons tout pour rassurer nos patients.

 

 

Confiance dans le médicament

Comme sur le continent, l’outre-mer est concerné par les scandales sanitaires de type Médiator, Lactalis, etc. Ce type de crise est, pour les pharmaciens, l’occasion de faire de la pédagogie, de rappeler l’importance des posologies, de leur bonne observance, de faire preuve de prévention et de pédagogie après de leurs clients.

Prostate

Palmier de Floride Biogaran est un médicament à base de plantes indiqué dans le traitement des troubles mictionnels modérés liés à l’hypertrophie bénigne de la prostate. Le 31 décembre 2019, le Conseil d’Etat a annulé l’autorisation de mise sur le marché (AMM) de ce médicament, pour des raisons de procédure : il ne doit plus être prescrit.

Dopage

La liste des interdictions  dans le cadre de pratiques ou de compétitions sportives a été actualisée par l’Agence mondiale antidopage (AMA). Elle est disponible sur le site www.wada-ama.org.

Canabis

L’article 43 de la Loi de financement de la sécurité sociale  pour 2020 lance l’expérimentation de l’utilisation du cannabis thérapeutique : cet article permet à l’État de lancer une expérimentation d’une durée de deux ans pour l’usage médical du cannabis dans certaines indications ou situations cliniques réfractaires aux traitements indiqués et accessibles.

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