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Biodiversité, RUP et Europe, quel chemin ?

{shopref}magazine-111{/shopref} Chicot-2014

Par Pierre-Yves Chicot Maître de conférences (HDR)

 

Selon lui, la biodiversité est de nature à redonner du lustre à l’appareil productif déliquescent des Antilles, à la condition que l’action et la volonté soient combinées.

 

Le Comité français de l’UICN (Union Internationale pour la Nature) a publié en 2003 un rapport dans lequel il est dit ceci : “Malgré une superficie réduite (0,08 % de la surface terrestre totale), 3450 plantes et 380 vertébrés sont strictement endémiques aux collectivités françaises d’outre-mer, soit plus que dans toute l’Europe continentale. Le milieu marin outre-mer, vaste de plus de 10 millions de km2, abrite environ 10 % des récifs coralliens et lagons de la planète.”

Au regard de ce constat plutôt flatteur pour ces communautés d’habitants de la France extra-hexagonale, on peut non seulement réaffirmer que ces territoires français excentrés sont constitutifs d’indéniables et d’extraordinaires atouts pour la République française et pour l’Europe, mais aussi souligner que toute stratégie relative à la biodiversité ne saurait être conçue et mise et en œuvre sans les populations de ces territoires. L’exemple de la Guyane est certainement celui qui est le plus parlant. Située en Amazonie, cette collectivité offre le formidable avantage, à la France et à l’Europe, de faire partie du cercle très fermé de dix-sept pays appelés “les mégadivers”. Autrement dit, des pays possédant à eux seuls plus de 50% de la biodiversité de la planète. Autre exemple, la minuscule île de la Désirade fait l’objet d’un décret n° 2011-853 du 19 juillet 2011 “portant création de la réserve naturelle nationale de La Désirade (Guadeloupe)” en raison de sa richesse géologique hors du commun. La biodiversité constitue donc une très grande richesse aujourd’hui et davantage demain.

La France et l’Europe, puissances écologiques

La France et l’Europe manifestent le plus grand désir d’être des puissances écologiques. Elles sont donc parfaitement conscientes de cette donnée, même si on peut regretter que dans le projet de loi relatif à la biodiversité, que l’outre-mer ne soit jamais mentionnée. Or dans le même temps, celui-ci indique que “la biodiversité est une force économique pour la France”. Par ailleurs, le projet de texte législatif révèle l’existence de “plusieurs études qui ont montré l’importance de la biodiversité en tant que capital économique extrêmement important. D’autre part, la biodiversité est une source d’innovation (biomimétisme, substances actives …) et représente dès lors une valeur potentielle importante”.

La stratégie française et européenne en matière de biodiversité doit être lue à l’aune des dispositions de la convention sur la diversité biologique de 1992 et du Protocole de Nagoya sur l’accès aux ressources génétiques et le partage juste et équitable des avantages découlant de leur utilisation du 29 octobre 2010, (Protocole de Nagoya, Japon). Compte tenu du statut de région ultrapériphérique (RUP) de l’Union Européenne de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Martinique et de La Réunion, il est digne d’intérêt de consacrer une attention toute particulière au contenu de la stratégie européenne, qui elle-même va déterminer les positions adoptées par la France, en raison de l’autorité du droit de l’Union Européenne sur le droit national. Le texte de référence demeure pour l’heure, pour les régions ultrapériphériques, la communication du 20 juin 2012, dont l’auteur est la Commission Européenne, intitulée “Pour une croissance intelligente, durable et inclusive”.

La recherche et l’innovation y sont décrites comme des facteurs clés d’une “croissance intelligente”. A cet égard “le programme «Horizon 2020» a aussi pour objet de favoriser l’excellence scientifique dans les RUP, d’appuyer l’innovation technologique ainsi que l’innovation fondée sur la pratique, tout en stimulant les investissements du secteur privé dans l’expérimentation, y compris en matière d’agriculture et de biodiversité endémique. Le programme Horizon 2020 ou programme européen pour la recherche et le développement pour la période 2014-2020 affiche trois priorités : l’excellence scientifique ayant pour objectif d’élever le niveau d’excellence scientifique de l’Europe pour garantir des recherches de classe mondiale ; la “primauté industrielle” en vue d’optimiser le potentiel de croissance des entreprises et d’aider les PME européennes innovantes à devenir des acteurs majeurs sur le marché mondial ; les défis sociétaux à relever en ayant recours à la recherche et à l’innovation (vieillissement de la population ; la santé publique ; la souveraineté alimentaire etc.).

Un modèle reposant sur l’économique maritime

En faisant de la biodiversité un postulat sérieux du raisonnement économique et du développement prospectif territorial, la communication évoque les possibilités offertes par la mer ouvrant la possibilité de penser un modèle reposant sur l’économie maritime et marine dans les RUP. La Commission Européenne estime que les RUP macaronésiennes et caribéennes devraient saisir les opportunités offertes dans le cadre de la stratégie de l’UE pour la région Atlantique”. Ce plan d’action vise à revitaliser l’économie marine et maritime dans l’ensemble de cette zone géographique. Il s’agit pour les États-membres atlantiques de l’Union Européenne et leurs collectivités publiques décentralisées de créer une croissance durable dans les régions côtières en vue de faire avancer l”économie bleue”, tout en préservant l’environnement et l’équilibre écologique de l’océan Atlantique.

Ces programmes ambitieux s’inscrivent dans la droite ligne de l’élaboration de la stratégie de Göteborg, expression de l’affirmation européenne à devenir une puissance écologique reconnue et respectée dans le monde. Cette stratégie inventée en 2001, concilie les politiques ayant pour objet un développement durable du point de vue environnemental, économique et social. L’objectif consiste à améliorer, de façon durable, le bien-être et les conditions de vie des générations présentes et à venir dans l’Union européenne.

Six tendances non durables sont identifiées pour lesquelles une action est nécessaire : l’exclusion sociale et le vieillissement démographique, le changement climatique et l’énergie, les transports, la consommation et la production, les ressources naturelles, la santé. La nouvelle vision produite par la Commission Européenne, avec pour but ultime de préserver la biodiversité, est concentrée sur l’idée de la protection, de la préservation et de la réhabilitation des espèces, des écosystèmes. Dans le même temps, le point focal réside dans la lutte, plus intense encore, contre la perte de biodiversité au niveau mondial. Le dessein partagé par les RUP et la Commission, qui est de parvenir à une croissance durable, intelligente et inclusive, est subordonné à la prise en compte de la biodiversité comme une ressource territoriale incontestable. Si à l’évidence le discours de la protection est louable, l’exploitation de la ressource liée à la biodiversité est largement envisageable, dès lors que les excès, afférents parfois à la logique de marché, ne l’emportent pas sur les nobles considérations de développement territorial, visant à garantir l’épanouissement des hommes par le travail.

Des métiers divers et méconnus

Le recul des productions traditionnelles en raison des mutations des règles du commerce international incline les décideurs des RUP françaises à renouveler la pensée inhérente à l’économie productive. L’appareil de production déliquescent de ces territoires pourrait retrouver ces lustres d’antan en privilégiant un modèle offrant une place de choix à la biodiversité. Le secteur primaire (production de plantes médicinales), le secteur secondaire (production pharmaceutique et cosmétique), le secteur tertiaire (commercialisation des produits issus de la biodiversité) seront de nature à créer des emplois en grand nombre, dès lors que la volonté et l’ambition combinées guideront l’action d’ensemble. Les métiers de la biodiversité sont aussi divers qu’ils sont méconnus. Or des poches d’activité existe dans plusieurs domaines : l’aménagement et la restauration du patrimoine naturel et paysager, la préservation du patrimoine, l’information et l’éducation, l’administration
et le soutien, la recherche, et bien sur la production
agricole…

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