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Affaires Inter-Entreprises/Madivial : la production pour détruire continue !

Affaires Inter-Entreprises/Madivial : la production pour détruire continue !

Outre la confirmation de nos écris, nous avons versé de nouvelles pièces prouvant que le gâchis continue.

Les deux procès en diffamation intentés respectivement par le président et la directrice de la coopérative de commercialisation de viande Madivial se sont tenus comme convenu le 12 novembre dernier. Concernant la directrice de Madiavial, les propos considérés comme diffamatoires sont une phrase tirée d’un article intitulé “Les lapins sacrifiés sur l’hôtel du profit” paru dans le numéro hors-série spécial Viandes que nous avons sorti en septembre 2017. Cette phrase dit en substance : “Les comptes ont été trafiqués par Sylvie Bouton avec la complicité du centre de gestion”, laquel phrase est attribuée à David Jarrin, présent lors de la soirée des faits et qui a confirmé ses propos à la barre.

Nous avons plaidé qu’il s’agit à l’évidence de l’expression imagée d’une opinion, en l’occurrence celle de David Jarrin qui se contente, en tant qu’ancien président de la Coop-Gelma et administrateur de la société Madivial, de critiquer la gestion financière de ces coopératives, ce qui relève de son libre droit de critique. Notons que le Centre de gestion agréé qui est également concerné n’a jamais réagi aux propos de David Jarrin.

La présence de guillemets, délimitant précisément la citation attribuée à David Jarrin, les propos ne peuvent donc en aucun cas être attribués à notre directrice des Éditions Inter-Entreprises. En outre, la jurisprudence constante depuis les années 1970 de la Cour européenne des droits de l’homme, de la Cour de cassation criminelle, de la cour d’appel de Paris, de la chambre de la presse, etc., a toujours en outre confirmé que dans le cadre d’une interview, un journaliste peut rapporter, sans les déformer, des propos tenus dans le cadre d’une conférence de presse sans qu’ils ne puissent lui être attribué.

Une jurisprudence constante

Concernant le président de Madivial, la partie considérée comme diffamatoire concerne le paragraphe suivant tiré d’un article sur Caraïbe Agro paru dans le même hors-série. Il dit en l’espèce : “Selon David Jarrin, le système comportait quelques particularités : “Madivial a décidé de vendre sa production, notamment des poulets, à perte, à la société Caraïbe Agro. Elle a notamment vendu à cette même société de la marchandise congelée en fin de date limite de consommation (DLC) à un prix dérisoire. Cette marchandise bradée était fortement subventionnée par le Poséi. En contrepartie, le gérant de Caraïbes Agro a versé des sommes, environ 4000 € à chaque fois, en espèces, puis en chèques, aux dirigeants de Madivial, soit Ange Milia, président de Madivial et de l’MIV…” Propos également confirmés par David Jarrin tout au long de la procédure. Ici aussi, la jurisprudence constante exonère notre directrice de toute responsabilité.

Nous avons également rappelé que, lors de son réquisitoire, le procureur de la République a expressément dit “qu’il convient de noter qu’une enquête pénale a été initiée le 6 juillet 2017 auprès du service national des douanes judiciaires pour des faits d’abus de biens sociaux et notamment de fraudes aux subventions du Poséi. Il apparaît donc qu’il existe un lien étroit entre les faits jugés diffamatoires par le plaignant et ceux qui font l’objet d’une enquête pénale. Dès lors, il conviendrait à la juridiction de jugement de surseoir à statuer dans l’attente des résultats de l’enquête en cours”. Pourtant, notre directrice des Editions se retrouve condamnée.

Comme l’a en outre rappelé notre avocate, Me Émilie Tripet, du cabinet August Debouzy, spécialisé dans le droit de la presse, nous sommes au cœur d’un débat d’intérêt général : cette situation de malversation et de dysfonctionnement dans la filière élevage a conduit en effet à ce que la Martinique soit le seul département d’outre-mer dont les fonds européens destinés à la filière viande soient gérés par la préfecture depuis 2018, et non plus par l’Association martiniquaise interprofessionnelle des viandes (AMIV), dont la présidence est également trustée par le président de Madivial !

Détournement de beaucoup d’argent

Nous sommes là face à des détournements de beaucoup d’argent public (au moins 10 M€ par an pendant au moins 10 ans) ; d’atteinte à la vie animale, d’une part par la mort volontaire de plus de 3000 lapins, d’autre part par la massification de mise en élevage de poussins devenant des volailles destinées uniquement à la destruction ; de risque sanitaire important pour la population martiniquaise à cause de la dégradation des outils de production ; et d’une chaîne de corruption de ceux qui sont chargés d’exécuter les “basses besognes” ! De la comptable qui falsifie les comptes, crée de nouvelles taxes qui n’ont aucune base légale, jusqu’aux employés des abattoirs et aux responsables des outils industriels qui savent qu’ils ne produisent pas pour nourrir la population, mais pour alimenter une carambouille.

Nous n’avons pas fait une enquête sensationnaliste : elle a été fouillée, argumentée. Nous l’avons voulue contradictoire, mais aucune des personnes concernées n’a voulu répondre à nos questions.

Nous avons mené cette enquête avec soin parce que nous avons la conviction profonde, à Inter-Entreprises, que ce qui se passe dans la filière viande en Martinique constitue les prémices de l’affaissement d’une société. Que ces faits de détournement, connus, ne soient pas sanctionnés, et qu’ils soient en outre cautionnés, voire organisés, par des politiques est la preuve d’un affaiblissement des valeurs et d’un désintérêt complet pour l’intérêt général ici en Martinique.

Les garde-fous existent pourtant face à ce cancer galopant qu’est la corruption : il s’agit de porter à la connaissance du plus large public tous les faits portant atteinte au bien commun ; il s’agit que les services de l’État remplissent pleinement leur rôle de contrôle de chaque organisme qui reçoit des fonds publics pour construire le bien commun ; il s’agit de sanctionner tous les faits portant atteinte au bien commun ; il s’agit enfin d’éduquer et de s’éduquer au plus grand respect de tout ce qui concerne le bien commun.

Merci, Madame l’Avocate générale !

À Inter-Entreprises, nous n’avions pas particulièrement l’intention de médiatiser la comparution en appel de notre directrice des Éditions dans les affaires qui l’opposent à la gouvernance de la coopérative de commercialisation des viandes Madivial. Pourquoi ? Parce que lors du prononcé du premier jugement, nous avions été surpris de la partialité du verdict, et parce que beaucoup se sont gaussés de la condamnation de notre titre. “ Ça va lui faire les pieds, qu’est-ce qu’elle se croît”, chuchotait-on dans les travées, sourire en coin aux lèvres.

Donc, nous avions prévu de ne rien écrire, travaillant seulement avec le cabinet August Debouzy, spécialisé dans le droit de la presse, pour que le droit soit respecté. Dans le contexte que nous connaissons (crise sanitaire, obligation de test PCR négatif 72 heures avant le départ vers les Antilles, difficulté d’effectuer ces tests en région parisienne), nous avons pris le parti de prévenir que nous sommes prêts à plaider, mais que l’obtention du test crée une incertitude. Nous avons prévenu le tribunal de Fort-de-France le 6 novembre, indiquant que nous aurons la confirmation définitive du fait du test le 9 novembre, l’audience se tenant le 12 novembre, nous l’attendions depuis le 16 septembre 2019.

Le test de notre avocate ayant pu être effectué dans les délais et se révélant négatif, nous informons immédiatement le greffe le lundi 9 novembre de cette bonne nouvelle. Contre toute attente, alors que notre directrice des Éditions et l’avocate d’Inter-Entreprises sont en train de porter les dernières corrections aux conclusions à envoyer aux parties adverses, Me Émilie Tripet reçoit un mail de l’Avocate générale disant que la plaidoirie des affaires est reportée en avril avec une audience de renvoi en janvier 2021 !

Oui, sidération, réaction : notre directrice des Éditions s’est posé légitimement la question, par un article sur notre site www.interentreprises.com le 10 novembre, de “Qui a peur des procès Inter-Entreprises/Madivial ?” De nombreuses affaires concernant cette coopérative “traînent” littéralement dans les arcanes du palais à Fort-de-France.

Par bonheur, le mardi 10 novembre dans l’après-midi, nos affaires ont été annoncées comme remises au rôle du 12 novembre, comme prévu à l’origine. Nous ne pouvons que nous en réjouir. À travers cette explication établissant les faits que nous avions promise à Mme l’Avocate générale, nous tenons aussi à la remercier, car, comme nous l’indiquions plus haut, nous n’avions aucune intention de médiatiser tout cela. Merci, Madame !

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