Économie

Diffamation

Affaires Inter-Entreprises/Madivial : elles seront finalement plaidées aujourd’hui !

Affaires Inter-Entreprises/Madivial : elles seront finalement plaidées aujourd’hui !

Voilà pourquoi il faut que ces affaires soient jugées : il en va de l’arrêt de l’affaissement de la société martiniquaise. Petit rappel des faits pour bien comprendre.

En février 2017, Alfred Marie-Jeanne, président de la collectivité territoriale de Martinique, organise avec David Jarrin, un éleveur de lapins, une conférence de presse pour dénoncer les malversations dans la filière viande en Martinique.

L’affaire est suffisamment grave : tous les médias sont là et nous faisons tous des articles, car les dénonciations sont accablantes pour la coopérative de commercialisation Madivial et singulièrement pour son président, Ange Milia.

A Inter-Entreprises, la sidération est telle que nous décidons de mener une enquête plus approfondie, contradictoire, et sortons un hors série en septembre 2017. Sur quarante pages, ce que nous y mettons en lumière est grave, et toutes les filières viandes sont concernées.

En résumé, un petit groupe d’éleveurs se sont constitué en “club privé” et ont monté une machine à aspirer les subventions européennes pour les filières à leur seul profit, affaiblissant voire ruinant ceux qui ne sont pas dans le cercle des initiés !

Fonds européens gérés par la préfecture !

C’est cette situation qui a conduit que la Martinique soit le seul département d’outre-mer dont les fonds européens destinés à la filière viande sont gérés par la préfecture depuis 2018, et non plus par l’Association martiniquaise interprofessionnelle des viandes (AMIV), dont la présidence est également trustée par le président de Madivial !

C’est cette situation encore qui a conduit les douanes judiciaires à mener enquête à l’encontre de Madivial en juillet 2017 pour abus de biens sociaux et détournement de fonds publics.

C’est cette situation enfin qui a conduit à la réduction de l’autosuffisance alimentaire de la Martinique en matière de viande fraîche, passant de 43% en 2009 à moins de 30% en 2019 et à la quasi disparition de la filière lait.

Et pourtant, c’est Inter-Entreprises qui, seul, se retrouve attaqué pour diffamation devant les tribunaux par Mr Milia et Mme Bouton, directrice de Madivial, non pas sur les faits très graves mis en lumière durant les 40 pages de notre hors série, mais pour deux citations, des propos fidèlement retranscrits tenus par David Jarrin ! Ces deux citations peuvent presque paraître anecdotiques au milieu de tant de faits aussi graves !

Affaissement de la société martiniquaise

Si tout cela n’était juste qu’une querelle entre anciens associés, nous nous demanderions déjà “Qu’est-ce que nous avons à voir là dedans ?” Nous les inviterions à laver leur linge sale entre eux !

Sauf que, nous sommes là face à des détournements de beaucoup d’argent public (au moins 10M€ par an pendant au moins 10 ans) ; d’atteinte à la vie animale, d’une part, par la mort volontaire de plus de 3000 lapins, d’autre part, par la massification de mise en élevage de poussins devenant des volailles destinées uniquement à la destruction ; de risque sanitaire important pour la population martiniquaise à cause de la dégradation des outils de production ; et d’une chaîne de corruption de ceux qui sont chargé d’exécuter les “basses besognes” ! De la comptable qui falsifie les comptes, crée de nouvelles taxes qui n’ont aucune base légale, jusqu’aux employés des abattoirs et les responsables des outils industriels qui savent qu’ils ne produisent pas pour nourrir la population, mais pour alimenter une carambouille.

Nous n’avons pas fait une enquête sensationnaliste : elle a été fouillée, argumentée. Nous l’avons voulu contradictoire, mais aucune des personnes concernées n’a voulu répondre à nos questions.

Nous avons mené cette enquête avec soin parce que nous avons la conviction profonde, à Inter-Entreprises, que ce qui se passe dans la filière viande en Martinique sont les prémisses de l’affaissement d’une société. Que ces faits de détournement, connus, ne soient pas sanctionnés, et qu’ils soient en outre cautionnés, voire organisés par des politiques sont la preuve d’un affaiblissement des valeurs et d’un désintérêt complet pour l’intérêt général ici en Martinique.

Relever les gardes-fou !

La dégradation des mœurs a atteint un niveau tel, aujourd’hui dans notre société, que la corruption est la partie visible d’un phénomène dangereusement expansif : le gain facile et rapide. Chez les paysans : ce phénomène s’appelle culture de la drogue douce, chez les commerçants, c’est la corruption. Chez tous : ce phénomène s’appelle “argent sale”. Cette citation est tirée un article diffusé la semaine dernière par un enseignant sur le site Maliweb.net intitulé “Corruption au Mali, la loi du silence”. Cet enseignant regarde, le cœur serré, son pays sombrer dans le chaos. Il aurait pu être Libanais. Ces deux pays, naguère prospères et florissants, ont été ruinés par des années de glissements, de silence et de renoncement de ceux qui ont su, qui n’ont pas agit, voire qui ont cherché à avoir une part toujours plus grosse du “gâteau-bien-commun”.

Les gardes-fou existent pourtant face à ce cancer galopant, il faut juste avoir le courage de les tenir fermement bien élevés :

  • Il s’agit de porter à la connaissance du plus large public tous les faits portant atteinte au bien commun : à Inter-Entreprises, nous l’avons fait pour la filière viande avec notre hors-série. Tel le colibri, nous avons fait notre part ;
  • Il s’agit que les services de l’Etat remplissent pleinement leur rôle de contrôle de chaque organisme que reçoit des fonds publics pour construire le bien commun. Ils doivent le faire sans faillir :  y renoncer est lourd de conséquences ;
  • Il s’agit de sanctionner tous les faits portant atteinte au bien commun : ici, c’est à la Justice d’agir. Elle doit le faire sans trembler : qu’elle ne le fasse pas est lourd aussi de conséquences ;
  • Il s’agit enfin d’éduquer et de s’éduquer au plus grand respect de tout ce qui concerne le bien commun : ici, c’est l’affaire de chacun. Renoncer à le faire est également lourd de conséquences.

 

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