Editorial

Accélération

Accélération

Les Antilles-Guyane sont-elles en train de se réveiller ?

C’est plus qu’un frémissement : les Antilles-Guyane semblent être traversées par un vent de changement que je n’avais pas ressenti de manière aussi sensible depuis de nombreuses années.

Il n’est pas le fruit du hasard, de la chance, ou du cordon ombilical historique qui recommencerait à fonctionner avec la France, voire avec l’Europe. Non, il vient d’équipes, souvent mixtes – hommes et femmes originaires et venus d’ailleurs –, qui se retrouvent à la tête de grands équipements stratégiques que sont les aéroports et les ports de Guadeloupe (p. 40), de Guyane (p. 42) et de Martinique (p. 44).

Coudées franches

La première étape a été de les sortir de la position de vache à lait pour quelques-uns, dont les chambres consulaires, pour les faire basculer dans le monde de la gestion rigoureuse, de la transparence des tarifs et de l’orthodoxie des contrats. À part l’aéroport Cayenne-Félix Éboué qui y passera en 2022, les trois ports et les deux aéroports sont devenus durant les cinq dernières années des sociétés anonymes à directoire, conseil de surveillance et de développement. La présence autour de la table des acteurs privés (utilisateurs et clients), des collectivités locales et de l’État avec des techniciens de haut niveau qui ont enfin les coudées franches est en train de les transformer en biens communs et en machines de guerre capables de générer de la valeur ajoutée et des dividendes pour les actionnaires, État et collectivités compris !

Les ports et les aéroports s’agrandissent, ont des projets pour entrer, avec quelques armes, dans la bagarre régionale, voire internationale. Ce sont de bonnes nouvelles ! Reste à construire des stratégies communes (p45).

Stratégie volontariste

Cette nouvelle approche est d’autant indispensable que la filière historique canne-sucre-rhum est dans la tourmente (p. 34). L’instant est grave : si le marché européen du sucre s’effondre comme cela se profile, la culture de la canne pourrait disparaître de nos mornes et de nos sections, comme cela s’est déjà produit dans plusieurs îles de la Caraïbe, à Sainte-Lucie par exemple. Aujourd’hui, pour produire du rhum, il n’est plus nécessaire de cultiver de la canne : il suffit de commander un des nombreux tankers de mélasse qui sillonnent les mers du monde. Si nous ne voulons pas vivre ça, il faudra là aussi une stratégie volontariste et concertée.

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