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Souveraineté populaire essoufflée ? Les supports d’incitation à consommer sont devenus des catalyseurs de l’économie import-export favorable à un petit nombre

Souveraineté populaire essoufflée ? Les supports d’incitation à consommer sont devenus des catalyseurs de l’économie import-export favorable à un petit nombre

La France d’Amérique n’est pas exclue du mouvement de fond où les citoyens sont savamment dépouillés de leur capacité à penser.

Les affiches 4×3 qui jonchent les routes de nos pays français d’Amérique expriment aux lecteurs qui veulent bien aller au-delà de la simple découverte consommatrice le fond conjoncturel de l’âme de ces sociétés. Conjoncturel, parce qu’il n’en a pas été tout le temps ainsi. On ne sait pas de quel minerai est fait demain, et il n’est pas possible de penser que la situation est figée.

Puisqu’il est question d’aujourd’hui, à quel rythme est cadencée l’âme de ces pays ? Pour se nourrir, il serait loisible d’avoir recours le plus fréquemment possible aux produits des fast-foods qui se déclinent depuis peu à la mode de la culture du milieu, à l’exemple du “macgoulou”. Le sujet de l’éducation, et singulièrement la rentrée scolaire, pourtant attaché à l’achat des cahiers et des crayons est honteusement mêlé à une propagande commerciale qui incite à ne jamais faire de pause dans la consommation d’alcool. Dans ces pays où la pudeur a longtemps structuré les mentalités, celle-ci est allègrement défiée par des estampes sans couleurs tapageuses mais dont le message écrit en majuscules ne laisse aucun doute sur la spécialisation du supermarché : “luxure”.

Il est certainement vraisemblable que ces supports d’incitation à consommer n’interpellent pas les consciences et constituent d’autant plus un catalyseur de l’économie d’import-export favorable à un petit groupe de capitalistes. La souveraineté qui rend compte de la force mentale du peuple est tout simplement léthargique.

Une souveraineté populaire conquérante

La liberté conquise dans les pays français d’Amérique pour bouter le système esclavagiste hors de leur quotidien relève substantiellement de l’ingéniosité, de la résistance, de la persévérance du marronnage. Voulant recouvrer leur humanité, à la vérité qu’il n’avait jamais perdue, les nègres des colonies françaises d’Amérique ont constamment œuvré pour que les lendemains de leur descendance soient meilleurs.

La condition de la descendance est indéniablement sans commune mesure. Mais est-ce une raison suffisante pour nourrir le culte du négationnisme voué aux nègres marrons et au marronnage sous toutes ses formes ? Bien sûr que non, parce que l’énergie de la résistance d’antan peut être ô combien salutaire pour l’instant présent et pour l’après.

Ces pays sont nés de la volonté d’établir un système de domination basé sur la race et le capital, duquel est naturellement né un phénomène généralisé et permanent de contestation depuis le fond des cales.

Ni le principe d’égalité inscrit dans la norme fondamentale ni l’accession à la citoyenneté ne peuvent laisser croire que point n’est besoin de poursuivre la perpétuation d’une souveraineté populaire en mouvement. Ce point défendu ici valant du reste pour l’ensemble du territoire national.

Une souveraineté populaire corsetée

L’ostentatoire favoritisme au profit des puissances de l’argent perpétré par le pouvoir politique désabuse les peuples quand ce ne sont pas eux-mêmes qui exercent directement le pouvoir politique, à l’instar de l’histoire française d’aujourd’hui. La France d’Amérique n’est pas exclue de ce mouvement de fond où les citoyens sont savamment dépouillés de leur capacité à penser, à s’organiser, à dépasser perpétuellement leur condition économique du moment. La fin de l’abattement fiscal de 30 % témoigne dans une certaine mesure de la mauvaise humeur du père Noël. La nouvelle baisse des dotations destinées aux territoires locaux constitue aussi le témoignage de la décentralisation autonomique qui invite à l’adaptation, à l’ingéniosité, sinon les populations n’auront d’autre choix que de se rouler dans la bauge. Mais n’est-ce pas l’objectif recherché pour mieux étouffer toute possible coulée de lave démocratique, car on ne sait jamais à quel moment l’éruption de la souveraineté populaire peut intervenir ? Oui, la révolution citoyenne doit être un processus permanent où les populations ne cèdent jamais le pouvoir à la démocratie représentative.

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