Stratégie

Sargasses : la Région Guadeloupe lance un appel à projets international

Sargasses : la Région Guadeloupe lance un appel à projets international

Parce que nulle part dans le monde, on ne connaît cette algue brune. Sylvie Dit-Duflo, vice-présidente de la Région Guadeloupe chargée de l’environnement, explique.

Nous voulons nous positionner sur le long terme, mieux connaître l’algue sargasse pour mieux développer une stratégie durable !” : pour Sylvie Gustave-Dit-Duflo, vice-présidente de la Région Guadeloupe en charge de l’environnement, cet appel à projets international que la Région Guadeloupe vient de lancer est destiné à favoriser la recherche sur ce phénomène pérenne. Selon elle, la mise en place de capteurs, de filets pour éviter les échouements, voire le ramassage, répondent à des problématiques immédiates, d’urgence, mais ne permettent pas de s’inscrire dans un avenir pour l’homme avec désormais les algues sargasses comme voisines.

Monter des consortiums de recherche

La Région Guadeloupe a donc pris l’initiative de mettre 5 M de Feder sur la table et nous avons demandé à l’Agence nationale de la recherche (ANR) de nous accompagner pour lancer un appel à projets international afin de permettre à nos laboratoires et à nos entreprises de monter des consortiums avec des laboratoires et des entreprises nationales, mais aussi caribéennes ou encore internationales pour mener à bien des recherches qui permettront de connaître cette algue, parce qu’aujourd’hui, personne, nulle part dans le monde, ne la connaît !” poursuit-elle.

Les négociations avec l’ANR ont duré huit mois. “L’Agence a accepté d’investir 2 M€ dans ce projet. L’Alliance française pour la recherche sur l’environnement, de son côté, va également contribuer à hauteur de 2 M€”, complète Sylvie Gustave-Dit-Duflo.

La Région Guadeloupe a également sollicité les collectivités de Saint-Martin, de Martinique et de Guyane et Saint-Barthélemy. “Saint-Martin soutiendra cette action à travers les fonds Interreg dès que cette région ultrapériphérique sera intéressée par un projet. La Guyane apportera 200 000 € sur des projets plus spécifiquement fléchés vers les marins-pêcheurs. La Martinique s’est également déclarée intéressée, sans préciser pour le moment de montant d’investissement”, a-t-elle détaillé. La collectivité territoriale préférant en effet pour l’instant concentrer ses moyens sur le remplacement de l’électroménager des familles martiniquaises.

Cette initiative commune partant du terrain marque peut-être là le début d’une approche nouvelle : qui mieux que les Antillo-Guyanais touchés par un même phénomène climatique peuvent insuffler une dynamique pour faire émerger une solution plus durable et moins toxique pour l’homme que le ramassage ?

Intérêt international

La bonne surprise est également venue de l’international : “Pour faire connaître notre appel à projets, nous avons fait une préannonce largement diffusée à travers des colloques internationaux et ceux se tenant dans la région. Quelle n’a pas été notre surprise d’être immédiatement contactés par le Brésil, pays aussi à la recherche de connaissances sur cette algue. Deux agences de recherche du Brésil vont nous rejoindre avec une enveloppe d’au moins 2 M€. Nous avons également été contactés par les consulats de France au Mexique, aux États-Unis : le premier nous a fait part de l’intérêt porté par l’Agence de recherche mexicaine ; et le second de celui de deux universités qui se sont positionnées, celles du Texas et de Floride du Sud, ainsi que de l’Agence nationale américaine pour la recherche”, complète la vice-présidente chargée de l’environnement.

Par ailleurs, Anguilla, Sainte-Lucie, Trinidad & Tobago, les Pays-Bas pour Aruba, Bonaire, Curaçao, Saba, Saint-Eustache et Sint-Maarten veulent être de la partie.

Tous les projets présentés dans le cadre de cet appel seront expertisés par l’ANR. Les projets sélectionnés seront présentés en septembre 2019. Avec ce travail en commun, nous sommes en train de créer un réseau d’experts dans la Caraïbe : nous tenons là un vrai sujet de coopération !

 

 

L’appel à projets en détail

En concertation avec les services de l’État, l’Ademe, la DEAL, la Délégation à la recherche et à la technologie et avec l’Agence nationale de la recherche (ANR), cet appel à projets “Recherche, développement et innovation” portera sur les échouages d’algues sargasses. Quatre thèmes ont été retenus : la caractérisation des sargasses : physiologie, génétique, biochimie, morphologie, démographie ; la prévision de la formation des bancs de sargasses et des trajectoires en mer et en proche littoral ; les techniques de collecte en mer, au sol et les procédés de traitement et de valorisation innovants ; les impacts économiques, sanitaires, environnementaux et les stratégies de gestion et d’adaptation.

 

 

Sargasses : à proscrire dans les champs

Les premières recherches menées pendant deux ans par l’Institut technique tropical (ITT), le Centre technique de la canne et du sucre (CTCS), la Chambre d’agriculture et le service d’expérimentation en agroécologie de la Collectivité territoriale de Martinique, avec le soutien de l’Ademe, du Cirad et de l’Ifremer ont montré qu’il ne faut pas mettre les sargasses dans les champs : parce qu’elles renferment 80 % de sel, le risque de salinisation des sols est réel et les rincer n’a aucune incidence.

Malgré la présence de quelques oligo-éléments, les sargasses brutes ou stockées pendant un moment avant leur épandage n’ont aucun effet de fertilisant : au mieux elles ne font rien, au pire elles tuent les plantes au pied desquelles elles ont été répandues. En outre, les sargasses transportent des métaux lourds durant leur voyage en mer, dont de l’arsenic, néfaste pour les plantes.

Par ailleurs, la même étude a démontré que les sargasses en pleine mer ne contiennent pas de chlordécone. Mais dès qu’elles arrivent près des côtes dans les zones polluées par ce pesticide, elles sont contaminées, à raison de 4 µg/kg. Si elles séjournent 48 heures sur la plage, la contamination monte à 400 µg/kg, bien au-delà des taux tolérés de ce pesticide pour l’homme, et contaminant pour les sols.

 

 

Sargasses : quelques pistes de valorisation ?

Des premières actions sont menées pour tenter de valoriser l’algue sargasse. Ainsi, la Région Guadeloupe envisage d’en faire un combustible dans le cadre de la transition énergétique. Le Mexique est en train de tester sa transformation en plastique biodégradable. Certains grands groupes de cosmétiques pensent également à l’utiliser comme élément dans les shampoings, produits de beauté et autres rouges à lèvres… D’où l’intérêt de poursuivre les recherches pour ouvrir ou alors fermer définitivement certaines portes.

 

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