Entretien

Sabrina Mathiot, directrice de l’Union sociale d’organismes HLM d’Outre-mer : “Mettre en cohérence une offre de logements avec les revenus modestes des ménages.”

Sabrina Mathiot, directrice de l’Union sociale d’organismes HLM d’Outre-mer : “Mettre en cohérence une offre de logements avec les revenus modestes des ménages.”

Pour la directrice de cet organisme de lobbying, la conduite de projets doit se déployer partout outre-mer et développer des projets qui participent à la solvabilité des ménages.

Vous êtes directrice de l’Union sociale pour l’habitat outre-mer (USHOM) : qu’est-ce que c’est ?

L’Union sociale pour l’habitat outre-mer est une organisation professionnelle qui fédère les organismes de logements sociaux, les offices de HLM et les sociétés d’économie mixte (SEM) de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Réunion, de la Polynésie française et de la Nouvelle-Calédonie. Cette union professionnelle a été créée en 2000 sous le nom de HLM outre-mer, devenue en 2003 l’Union sociale pour l’habitat outre-mer.

 

Quels sont ses objectifs de cette organisation ?

L’Union sociale pour l’habitat outre-mer a pour vocation d’assurer une représentation de ses membres au niveau national et régional, et de collaborer à toute initiative permettant de rendre plus efficace le développement du métier de maître d’ouvrage social face aux forts enjeux de l’habitat social dans les régions et collectivités d’outre-mer.

Dans le cadre de ses missions, l’USHOM poursuit de nombreux objectifs, comme mobiliser pour une meilleure prise en compte des enjeux de l’habitat dans les politiques publiques nationales et territoriales, ou faire connaître les spécificités de l’habitat outre-mer au niveau national. Nous contribuons aux adaptations et améliorations nécessaires aux conditions du métier de constructeur et de bailleur social. Enfin, nous apportons à nos adhérents un appui professionnel, pour accroître le professionnalisme des équipes et développer la conduite de projets dans le champ de l’habitat, dans une perspective de développement durable.

 

Quelles sont les caractéristiques du logement social outre-mer ?

La première caractéristique est socio-économique : outre-mer, la pression de la demande est nettement plus importante qu’en métropole puisque 80 % des ménages sont éligibles au logement social, contre 66 % en métropole. De plus, outre-mer, 70 % de ces ménages sont situés sous les plafonds de ressources ouvrant droit à des logements très sociaux, contre 29 % en métropole.

La deuxième caractéristique est une suroccupation des logements, atteignant 29 % contre 17 % en métropole. La troisième caractéristique est que les ménages à très faible solvabilité, c’est-à-dire avec un revenu médian inférieur de 50 % à celui de la métropole, représentent une part importante de la population. En clair, 35 % des familles vivent avec des revenus en dessous du seuil de pauvreté. Ce seuil est fixé à 568€ contre 1015€ en métropole.

Quatrième caractéristique : 50 % des allocataires dépendant des prestations sociales pour vivre, contre 20 % en métropole. Et enfin, 91 % des bénéficiaires d’allocations logement sont locataires du parc social.

Autre élément particulier à l’outre-mer : le coût de production de logement social est supérieur de 20 % à la moyenne nationale. Cette situation est notamment due à l’exposition accrue aux risques naturels, comme les séismes, les ouragans, etc.

 

… Sans parler du coût des matériaux. Comment se finance le logement social outre-mer ?

Ce sont là aussi des particularités ! Outre-mer, les aides personnalisées au logement (APL) ne s’appliquent pas. Seules les allocations de logement social (ALS) et les allocations de logement familial (ALF) existent outre-mer, mais leurs niveaux sont nettement plus bas que ceux appliqués en France continentale.

 

Il est en outre difficile d’avoir une vision claire de ce sujet auprès des Caisses d’allocation familiale. Quelles sont les autres sources de financement ?

Il s’agit des aides à la pierre qui s’opèrent via la ligne budgétaire unique (LBU) qui est intégrée au programme 123 concernant les conditions de vie outre-mer portée par la mission outre-mer. Enfin, des dispositifs d’aides fiscales, principalement des crédits d’impôt, sont applicables au secteur du logement social d’outre-mer.

 

Quelles sont les problématiques spécifiques du logement social ultramarin ?

Les caractéristiques évoquées plus haut créent un effet ciseaux sur l’activité des bailleurs sociaux qui rend difficile l’équilibre des opérations de logements sociaux dans des territoires d’outre-mer, où les besoins sont pourtant plus importants. L’enjeu pour l’USHOM est de tout mettre en cohérence pour offrir un logement de qualité accessible aux ménages à revenus modestes.

Cela passe par la maîtrise des coûts de construction mais aussi par l’engagement dans des projets qui participent à la solvabilisation des ménages. C’est d’ailleurs l’esprit du projet ECCODOM porté par l’USHOM. Notre l’objectif est de permettre aux ménages logés dans le parc social de réaliser des économies en réduisant leur consommation énergétique et aussi leur impact sur l’environnement. Les collectivités locales sont partenaires de ce programme.

 

Le Covid-19 fait que le télétravail devient la norme, c’est-à-dire que les habitants des logements sociaux doivent eux aussi avoir à leur disposition des espaces où télétravailler et surtout accès à de la connectivité de bonne qualité. Vos adhérents prennent-ils en compte ces nouvelles donnes dans la mise en œuvre de l’habitat social outre-mer ?

Ce sont de vrais sujets ! Aujourd’hui, seulement 50 % de la population ultramarine a accès à une couverture numérique ; en France continentale, elle est de 81 % ! Dans le parc ancien outre-mer, les bâtiments ne sont pas forcément équipés de gaines permettant d’apporter aisément le débit. De même, depuis 2015, les bâtiments neufs doivent obligatoirement être fibrés : nos équipes sont sensibilisées à ces problèmes. Quant à l’espace, des solutions sont ici aussi à l’étude afin que les conditions de vie s’adaptent aux nouvelles formes d’habitation.

 

Logement social : indispensable Révolution

Un groupe de travail a remis au gouvernement une rapport sur la situation du logement social au sortir de la crise sanitaire. Leurs conclusions s’appliquent également outremer, à savoir : des logements jugés trop petits, trop bas ; des logements qui ne sont pas assez ouverts sur l’extérieur, avec un accès à des espaces plantés et de nature manque fortement, ceux qui existent sont souvent mal ou pas entretenus ; des logements souvent mal positionnés dans l’espace urbain et dans la ville, trop loin des transports en commun et des bassins d’emploi actuels ; des logements qui n’intègrent pas assez les « signaux faibles » et usages en développement, comme le télétravail, et les formes plurielles familiales (des logements insuffisamment adaptés, adaptables, flexibles…) ; de l’importance du cadre de vie dans lequel s’inscrivent les logements. Ce rapport met également en lumière qu’au moment où l’on prône l’essor du télétravail, 4 français sur 10 ne disposent pas de coinbureau dans leur logement et 34% d’entre eux considèrent que leur logement n’est pas adapté au télétravail.

 

Le fonctionnement de l’USHOM

L’Union sociale pour l’habitat outre-mer repose sur une équipe basée à Paris, relais avec ses adhérents et les référents en région. Un conseil d’administration et un bureau supervisent et valident l’ensemble des orientations de l’activité et arrêtent les points à soutenir par la représentation auprès des instances nationales. Ce conseil d’administration est en ce moment présidé par Francois Caillé, administrateur et président de la Société HLM de La Réunion (SHLMR).

 

 

 

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