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Rapport de l'Autorité de la concurrence : les distributeurs et les industriels font de la résistance

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Il y a des rapports dont on se passerait bien : dans celui de l’Autorité de la concurrence paru début septembre, il est pointé certaines pratiques. Les professionnels hurlent au loup… Nous avons voulons faire le point avant d’inéluctables changements.

A près les pratiques de France Télécom, la concurrence sur les marchés des carburants aux Antilles-Guyane, l’Autorité de la Concurrence analyse les mécanismes d’importation et de distribution des produits de grande consommation dans les départements d’outre-mer. L’impact du transport maritime, le comportement de la grande distribution, la productivité des industries locales, l’Autorité de la concurrence pointe certaines pratiques. Les professionnels concernés hurlent au loup… Nous avons voulu comprendre le degré de justesse de ce rapport, comment les professionnels incriminés entendent prouver leur bonne foi et en quoi les solutions proposées sont viables. Les problématiques abordées étant bien distinctes les unes des autres, le dossier de ce mois est articulé en trois volets : la première partie concerne le transport avec l’impact du fret et de la manutention ; la deuxième partie, la distribution ; et la troisième, la production locale.

Transport : frais d’approche : “Un surcoût réel” mais “difficile à estimer”

Les frais d’approche sont accusés d’être la principale cause à la pratique de prix plus élevés dans nos territoires. Or, pour l’Autorité, cela ne suffit pas à justifier les écarts constatés, ce qu’approuvent les transporteurs telle la CMA-CGM. Mais c’est une explication qui a tendance à agacer les industriels et les distributeurs qui considèrent que les frais d’approche sont une part non négligeable… mais difficile à estimer !

En effet, aucun de nos interlocuteurs n’a été en mesure de nous indiquer la part exacte de ces frais d’approche – même approximative ! – dans la globalité de leurs frais. “Difficile à dire”, “Ça dépend des produits…” : tous étaient au moins d’accord pour dire que “Ça a un coût”, et que ce sont des surcoûts à prendre en compte par rapport à des entreprises de même activité en métropole.

Les frais d’approche englobent les coûts des transports, la manutention portuaire, l’octroi de mer ainsi que les frais indirects et induits liés au stockage de la marchandise. Durant le conflit de début d’année, les distributeurs les ont estimés à 34 % du prix de revient.

> Frais d’approche : la part du fret

Selon l’avis de l’Autorité de la Concurrence, “sur la ligne Europe-Antilles, le prix du fret brut pour un conteneur 20 pieds ordinaire est en moyenne, tous clients et toutes compagnies confondus mais sans pondération par les quantités, de l’ordre de 1 400€, avec des différences significatives puisque l’écart entre les meilleures conditions et les moins bonnes peut atteindre 300€. De même, le prix du fret brut pour un conteneur 40 pieds est de l’ordre de 2 500€, avec des écarts qui peuvent dépasser 600€ selon les clients et les compagnies”.

Concernant le poids du fret, “il représenterait, le plus souvent, de 5 à 15 % du prix de vente au consommateur des produits considérés”, selon l’Autorité. “Il est en moyenne de 0,12 €/kilo”, précise Jean-Charles Cren, directeur régional Antilles-Guyane de la CMA-CGM. Selon une étude, le Syndicat de la grande distribution et des grossistes alimentaires (SGDA) de la Martinique, le fret s’élève à “0,155€ sur une bouteille d’eau de source de 1,5 litre pour un prix d’achat au départ de 0,132€ et un prix de vente TTC en magasin de 0,49€ ; à 0,045€ pour un paquet de 250 g de coquillettes pour un prix d’achat de 0,308€ et de vente de 0,98€ ; à 0,116€ pour un paquet de 1 kilo de riz long thaï pour un prix d’achat de 0,627€ et de vente de 1,59€”.

L’Autorité a poussé son analyse en comparant l’impact du fret sur des produits similaires, à savoir un article vendu sous une marque nationale (MN) et un article vendu sous marque de distributeur (MDD) en Métropole et aux Antille-Guyane. Le résultat laisse dubitatif… : selon l’Autorité, en partant du principe que le coût du fret est comparable que l’on importe un même produit de marque ou de distributeur, les écarts de prix devraient être similaires à l’arrivée à ceux observés en métropole. Or il n’en est rien. L’Autorité a constaté que, systématiquement, les écarts de prix sont nettement plus importants sur les produits de marque et sont même inférieurs sur ceux de marque de distributeur et ce aussi bien en Martinique qu’en Guadeloupe. Ce qui laisserait à penser d’une part que l’impact du fret n’explique pas tout et que d’autre part les distributeurs réalisent des marges plus importantes sur les produits de marque nationale, d’où leur forte présence dans leurs rayons.

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