Tribune

Qui sont les séparatistes ?

Qui sont les séparatistes ?

Pour Pierre-Yves Chicot, ceux qui qualifient les séparatistes se considèrent comme le centre, avec comme objectif d’inférioriser le génie local.

Le sens caché des choses révélées met en lumière que le civilisé n’est pas forcément ce qu’il croit et que le sauvage n’en est pas un.

Certains ont pu entendre et/ou voir, pétrie d’une inénarrable sincérité, émue aux larmes, une journaliste candidate à la présidence de la région Île-de-France, originaire de la Martinique, dire à quel point elle peut exécrer le comportement de son défunt père, accusé de crimes sexuels contre certains membres de sexe féminin de leur famille.

Cette confession en direct, sur une radio d’envergure nationale, suscite la réflexion sur la reconnaissance par un individu d’actes criminels, et déclarant in fine : “Je suis de lui, mais ce n’est pas moi.”

Ce n’est pas chose simple. En effet, voyez avec quelle outrecuidance argumentative vicieusement montée, d’autres, dont ce pseudo-philosophe éconduit d’une chaîne d’information en continu, ont voulu culpabiliser la victime mineure en évoquant son possible consentement à effectuer des fellations à son puissant beau-père éminemment connu sur la place publique et dans les plus hautes sphères des pouvoirs politique, économique et financier.

Dans le premier cas, vous avez une descendante qui reconnaît être la fille d’un homme qui s’est aussi illustré par des comportements abjects ; et dans le deuxième cas, vous avez un partisan qui cherche à édulcorer l’innommable.

« Ni excuses, ni repentance »

Ces affaires privées familiales peuvent être rapportées à des considérations davantage collectives. En effet, dans le processus de difficile réconciliation entre la France et l’Algérie, ancien département français, la doctrine fétide au plus haut sommet de l’État est la suivante : “Ni excuses, ni repentance”.

Dans le même laps de temps, la diffusion de plus en plus étendue d’une récente déconstruction de l’histoire coloniale enseignée depuis très longtemps, résumée à la relation civilisée-sauvage a surpris la République, qui s’est proclamée en 1789 universaliste et anticommunautariste.

Dans le cas de l’Algérie, le civilisé est l’armée française et le sauvage, le fellaga. Dans les pays français d’Amérique, le civilisé est l’homme blanc brandissant l’épée, le fouet et la Bible, et le sauvage, désigné comme un bien meuble, taillable et corvéable à merci, jusqu’à ce qu’il rende son dernier souffle, est le descendant de la brillante civilisation égyptienne des pharaons.

Pour autant, quel est le niveau de succès de la République dans sa quête de l’effectivité de la communauté universelle couramment appelée la communauté nationale ? Succès ou échec ? Ni l’un, ni l’autre. Succès, parce que le communautarisme n’est pas inscrit dans les textes fondateurs comme élément significatif et constitutif de la communauté nationale. Échec, parce que la notion de “peuple historique” comme représentation mentale et puissante pour désigner la France est bien plus enracinée qu’on veut bien nous le laisser croire.

La dissolution d’un groupuscule extrémiste par le gouvernement dont la doxa est la glorification du “peuple historique français” est bien peu de chose pour faire obstacle au séparatisme souhaité par ses militants.

En s’entendant sempiternellement opposer “ni excuses, ni repentance”, les enfants de la “famille-communauté nationale” dont les ascendants ont été victimes de crimes barbares (tortures, amputations, bombardement au napalm, tuerie de masse, etc.) par d’autres ascendants d’enfants de la même “famille-communauté nationale” vitupèrent, contestent, manifestent.

La réponse séparatiste qui leur est apportée consiste à dire que la République ne déboulonnera pas de statues qu’ils considèrent comme infâmes alors même que la même République ne supporte plus pour la vue de ses citoyens des statues du Maréchal Pétain pour ne pas faire offense aux juifs. Mais rassurons-nous, il ne doit pas y avoir, en République, de concurrence mémorielle.

La réponse séparatiste est d’autant plus violente et arrogante que ces enfants de la communauté nationale, qui nourrissent le débat avec ces questions, pointant ainsi les failles béantes de la République qui souhaite être universaliste, sont contredits avec des qualificatifs confectionnés à la hâte : “racialistes”, “essentialistes”, “décoloniaux”, et que sais-je encore ?

Le sens caché des choses et des mots

Le sens caché des choses révélées met en lumière que le civilisé n’est pas forcément ce qu’il croit et que le sauvage n’en est pas un.

Cette relation asymétrique portée et valorisée par l’Occident a inlassablement favorisé le séparatisme des uns avec les autres, niant ainsi des humanités dès lors qu’elle n’est pas la leur.

L’acte fondateur de la Cour permanente de justice internationale proclame sans aucune forme de gêne, en 1938, que le droit international est le résultat “des traités, de la coutume et des principes reconnus par les nations civilisées”. Que doit-on comprendre ? Qu’il convient d’établir un distinguo entre des nations civilisées et d’autres qui ne le sont pas. Si on concédait à notre interlocuteur cette ignoble ignominie, une autre question surgirait ? Sur quels critères désigne-t-on la nation civilisée ? Celle qui respecte de vivre en harmonie avec la nature ? Celle qui ne construit pas d’armes capables de faire exploser la planète ? Celle qui ne vole pas ses homologues pour s’enrichir ?

Si le droit international a tu dans la lettre cette construction mentale séparatiste, dans les faits elle demeure. Qu’on en juge par une autre construction séparatiste qu’est le droit ou le devoir d’ingérence qui, sous couvert d’intentions humanitaires, fonde encore l’intervention de pays occidentaux dans les pays du Sud, anciennement appelés tiers-monde, quart-monde, PMA (pays moins avancés).

En restant strictement à l’intérieur des confins de la communauté nationale, le séparatisme institutionnel converti en mots s’appelle “minorités visibles” pour désigner ces citoyens qui sont trop visibles par la couleur de leur épiderme, leur fichu sur la tête, leur rapport autre à la spiritualité mais qui doivent rester coûte que coûte minoritaires ; résidents des “quartiers sensibles” pour désigner des citoyens habitant dans des quartiers copieusement désertés par les services publics et l’envie d’y introduire la qualité de vie, et accusés en même temps d’être eux-mêmes à l’origine du fait que la République les a perdus ; “France périphérique” qui consacre un centre qui se prévaut d’avoir l’exclusivité de l’intelligence, qui doit être séparé tout en alimentant la dynamique de “centre d’impulsion unique” dont la première conséquence est d’inférioriser le génie local.

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