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Question à Nathalie Guillier-Tual, présidente du groupe Bellonie & Bourdillon Successeurs : “Nous devons préparer le coup d’après !”

Question à Nathalie Guillier-Tual, présidente du groupe Bellonie & Bourdillon Successeurs : “Nous devons préparer  le coup d’après !”

Pour la présidente du groupe BBS, l’avenir du rhum agricole passe par le premium, l’export et la construction d’une image touristique forte autour du rhum agricole.

Le Trois-Rivières VSOP vient d’être consacré “rhum de l’année 2018” lors du salon londonien International Wine & Spirit Competition : que représente cette distinction pour vous ?

Cette distinction est une fierté collective et personnelle : sur les huit médailles d’or mondiales, Trois-Rivières et La Mauny en ont récolté trois ! C’est une reconnaissance internationale de qualité pour l’appellation d’origine contrôlée (AOC) Martinique venue d’une organisation respectée. Cette distinction facilite aussi les relations avec les distributeurs : c’est un buzz dans le monde entier !

Comment la profession a-t-elle évolué durant la dernière décennie ?

J’ai pris la présidence du groupe Bellonie & Bourdillon Successeurs (BBS) il y a six ans, en 2012. Depuis cette date, j’ai constaté une progression constante des rhums agricoles. J’ai également constaté une vraie prise de conscience en Martinique du fait que le rhum est une richesse. De même, tous les opérateurs se sont orientés vers la “premiumisation” de leurs gammes, accompagnée de vrais efforts marketing. Par exemple, il y a six ans, nous avions tous la même bouteille en verre blanc. Aujourd’hui, nous avons chacun nos bouteilles identitaires, indispensables dans les spiritueux haut de gamme. Les gammes se sont aussi étendues avec des finishs, etc., et cette qualité est reconnue au niveau international.

Par ailleurs, le rhum agricole était jusqu’alors un phénomène essentiellement français puisque produit en Martinique, en Guadeloupe, en Guyane, à Haïti avec le Clairin, ne représentant que 3 % des quantités mondiales. Aujourd’hui, il commence à être produit en Louisiane. L’île Maurice et La Réunion réfléchissent aussi à lancer des productions agricoles. Ou encore en Angleterre, pays du rhum anglais avec Bacardi, Captain Morgan, Havana Club, il existe désormais des salles dédiées au rhum agricole. Tout comme certains d’entre nous sont maintenant vendus aux États-Unis et au Canada, par exemple. Tout cela n’existait pas il y a six ans !

Au regard de ces avancées, l’approche interprofessionnelle s’est-elle développée ?

Elle existe en Martinique en cas de problème, comme lors de l’augmentation du contingent, sur la taxe sur les alcools ou encore sur l’arrêt de l’utilisation de l’Asulox, sur le spiritourisme, la mise aux normes des chaudières…, mais nous pourrions faire mieux. En revanche, nous sommes dans une lutte intestine ouverte avec la Guadeloupe, ce qui est néfaste pour tout le monde : cela donne une mauvaise image de notre profession. Même si nous sommes concurrents, nous nous plaçons différemment sur l’échiquier des rhums. Certains sont en réseau cavistes, d’autres en grande distribution, d’autres encore haut de gamme, etc. Nous devrions toujours garder en mémoire que nous sommes tout petits sur l’échiquier mondial.

Comment peut évoluer ce secteur d’activité ?

Je ne suis pas certaine que la forte progression que nous avons connue durant ces dernières années va continuer. Pour preuve, à fin septembre, alors que les ventes de rhums ont progressé de 14 % en France, celles de rhums agricoles ont stagné et l’essentiel de la hausse a concerné les rhums des pays tiers, c’est-à-dire Captain Morgan, Havana Club, Diplomatico, Dum Papa. Nous devrions commencer à nous en préoccuper. C’est là que l’union de la profession et une vision politique claire feront la différence.

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