Stratégie

La Sara se prépare à devenir énergéticienne

La Sara se prépare à devenir énergéticienne

La part du fossile doit sensiblement diminuer dans son mixt énergétique. Pour l’instant, la Sara se fait la main sur de petits projets en énergie renouvelable.

La Sara veut devenir une entreprise capable de fournir, d’ici à 2030, quelque 50 % d’énergie issue de sources autres que le fossile” : pour Philippe Guy, directeur général de la Sara, la décision stratégique a été prise en 2015 suite au rachat des parts de Total par le groupe Rubis et le groupe barbadien SOL. Aujourd’hui, les énergies renouvelables représentent 4 % de la production totale de la raffinerie. Pour accompagner cette transformation en marche, depuis 2016, sa nouvelle identité de la Sara est Sara Énergie Nouvelle. En effet, pour la Sara, la part mondiale de la production de brut va baisser ; la société doit donc se préparer à sortir du tout énergie fossile pour exister encore demain.

Ainsi, depuis trois ans, la Sara développe un plan stratégique en trois volets. “Le premier concerne le développement de notre cœur de métier : nous voulons demeurer de manière déterminée dans l’énergie de la mobilité, c’est-à-dire qu’outre le fuel, nous diversifierons nos activités dans l’hydrogène et l’électrique”, confirme Philippe Guy. D’ici à 2020, la raffinerie aura investi 180 Me pour la diminution du soufre dans le fuel : il passera de 3,5 mg à 0,5 mg d’ici au 1er janvier 2020.

Centrale de dessalement

Par ailleurs, pour remettre quasi à neuf ses installations par rapport à ses nouvelles orientations stratégiques, la Sara fera un arrêt technique dit métal de huit semaines durant lequel elle changera ses quatre fours qui coûtent 14 M€ chacun. Elle s’équipera également d’une nouvelle chaudière pour 8 M€ et d’un groupe électrogène de grande puissance pour 3 M€. Par ailleurs, la raffinerie va s’équiper d’une centrale de dessalement d’eau de mer d’une capacité de 25 tonnes par heure qui sera opérationnelle début 2020. “Nous utilisons quelque 600 tonnes d’eau par jour : il était illogique que nous demeurions sur le réseau d’eau potable pour une activité industrielle alors que nous avons besoin d’eau brute”, explique Philippe Guy. Après un investissement de 10 M€, la Sara n’utilisera plus l’eau potable du réseau d’Odyssi qu’à hauteur de 20 % pour ses besoins courants. Odyssi, prévenu de cette sortie depuis trois ans, verra ses factures passer de 700 000€ à 140 000€ par an environ.

Le second axe du plan stratégique concerne la transition énergétique : la raffinerie la fera à partir de son cœur de métier, à savoir l’hydrogène, qu’elle produit depuis 49 ans. “Nous installons en Martinique une pile à hydrogène de 1 MW qui sera inaugurée en décembre 2019.” Par ailleurs, avec Total Solar, la Sara a en outre installé une centrale photovoltaïque produisant 5 MWc. En outre, en ce qui concerne le déploiement de la voiture électrique, la Sara va équiper les stations-service de bornes de recharge.

Projet anti-sargasses

En Guadeloupe, la Sara porte avec InsulGaz le projet Verte Vallée. “C’est la fabrication de gaz à partir de la collecte de déchets organiques. Cette production à partir d’un méthaniseur devrait permettre d’alimenter notamment des bus, voire de produire de l’électricité verte susceptible d’être intégrée au réseau EDF. Quant au digestat, il devrait permettre la production d’engrais”, détaille Philippe Guy. L’étude de faisabilité a été effectuée par la Sara. L’appel d’offres est en cours pour déterminer l’avant-projet sommaire. La production d’énergie à partir d’un méthaniseur est inscrite dans la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) de la Guadeloupe.

Toujours dans ce territoire, la Sara a initié, en partenariat avec le groupe Caiali et Oldex, le Groupe d’action recherche et action anti-sargasse (Garaas). “Il s’agit de ramasser les sargasses en mer afin qu’elles soient pures de toute contamination, de les traiter, à savoir les laver, sécher, presser, broyer, pour en faire une poudre qui pourra servir de base à la fabrication de produits plastiques industriels tels des conteneurs, des poubelles, des flotteurs. La poudre servira également à la fabrication de charbon.” Ce projet sera présenté lors de la conférence internationale sur les sargasses qui se tiendra en Guadeloupe fin octobre.

En Guyane, la Sara gère deux unités, l’une sur le port de Dégrad-des-Cannes, l’autre à Kourou. Leur capacité totale de stockage est de 170 000 m3. Dans ce territoire, la Sara porte trois projets en énergies nouvelles. Le premier est mené en collaboration avec Hydrogène de France (10 % du projet) et le fonds d’investissement français Meridiam (60 % du projet). Il s’agit d’une centrale électrique 100 % énergies renouvelables implantée dans l’Ouest guyanais, précisément entre Mana et Saint-Laurent-du-Maroni. Elle cumulera la production d’hydrogène à partir de l’hydrolyse de l’eau, une centrale photovoltaïque avec stockage. “Après un investissement de 150 M€, cette centrale produira 10 MW la journée et 3 MW la nuit.” La construction devrait débuter au deuxième trimestre 2020 pour une mise en service fin 2021. L’électricité produite sera revendue à EDF pendant 25 ans. C’est un contrat CRE. La clef du succès de cette installation mixte sera son système de pilotage permettant de basculer d’une énergie à l’autre, voire de mixer les deux en fonction des besoins.

Terminal pétrolier

Le second projet est le terminal énergétique de l’Ouest guyanais : l’avant-projet détaillé est finalisé, il prévoit un investissement de 60 M€. “Il s’agit de créer un terminal pétrolier, future plate-forme de développement des énergies renouvelables qui sera le pendant de nos installations de Kourou. Nous y disposerons d’une capacité de stockage de 9000 m3”, détaille Philippe Guy.

Enfin, comme en Martinique, à côté de ses installations à Kourou, sur 8 hectares inconstructibles, la Sara envisage d’installer une centrale photovoltaïque sans batteries avec EDF Énergies Nouvelles. Elle sera d’une capacité de 5 MWc. Ce projet sera présenté dans le cadre de l’appel à projets par la CRE attendu pour décembre 2019 pour les territoires non interconnectés. Les résultats seront attendus pour juin 2020. Si ce projet est retenu, il devrait voir le jour d’ici à fin 2021. S’il n’est pas retenu, la Sara et EDF Énergies Nouvelles ne le réaliseront pas.

Enfin, en Guyane, avec le laboratoire universitaire de Nantes-Saint-Nazaire, la Sara porte le projet Manikou, à savoir un démonstrateur de production d’algues industrielles. Ces microalgues industrielles devraient servir à produire du biogaz entrant dans la production d’électricité verte, de gaz et d’hydrogène.

Sara : l’actionnariat

Depuis 2015, la raffinerie est détenue à 71% par Rubis (stations Vito) et à 29% par le groupe barbadien Sol (stations Cap). La Sara emploi 320 collaborateurs, soit cinquante de plus par rapport à 2015. La plupart de ces nouvelles recrues exercent dans le pôle énergies nouvelles nouvellement créé.

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