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La peur finira-t-elle par changer de camp ?

La peur finira-t-elle par changer de camp ?

Nous reproduisons cette tribune parue dans France-Antilles-Guadeloupe du 7 juillet 2018. A Inter-Entreprises, nous partageons cette juste indignation.

Le principal fléau de l’humanité n’est pas l’ignorance, mais le refus de savoir”, disait à juste titre Simone de Beauvoir.

Personne n’est plus arrogant envers les femmes, plus agressif ou méprisant qu’un homme inquiet pour sa virilité”, disait-elle encore.

Si pour diverses raisons, on préférait l’ignorer avant, les  femmes d’aujourd’hui refusent de continuer à subir. Elles affirment que tout comportement déplacé doit faire l ‘objet de dénonciations publiques pour que change le camp de la honte, de l’isolement et de la réprobation publique.

En ce moment, une femme, Barbara Olivier, jeune journaliste talentueuse affrontant avec ses collègues un pénible licenciement économique, est malgré elle l’objet d’une vindicte personnelle venant d’un homme, pensant “hacher” sa réputation. Le justice se prononcera en son temps.

Mais aujourd’hui, ensemble, des femmes ont décidé de faire, publiquement, part de leur solidarité à Barbara Olivier et à Ingrid Sénat, de dire “NON” à ces pratiques.

Ce texte est un manifeste afin que plus personne ne prétende ignorer ce qui se passe sous nos yeux. Le monde change : nous voulons le meilleur et combattre le pire.

Interpellées par un énième cas de mise en cause gratuite d’une femme, de sa dignité, de ses compétences professionnelles, nous avons décidé de faire plume commune et de dire notre refus de cette situation qui n’est plus acceptable.

Le mouvement #MeToo n’a pas encore eu la résonance qu’on aurait pu espérer dans nos îles, alors qu’il y aurait matière. Nous, femmes, citoyennes, engagées dans la société civile, dans l’entrepreunariat, élues, sommes très conscientes  que cette omerta systématique est nuisible au développement de notre société.

Faire évoluer les paradigmes

Toutes, nous connaissons une femme ayant subi ou subissant des faits de harcèlement sexuel. Nous connaissons toutes une femme qui se tait, parce qu’elle a peur.

Peur d’être stigmatisée.

Peur de perdre son emploi.

Peur d’être considérée comme “celle qui l’a bien cherché”.

Combien d’entre nous sont stoppées dans leur carrière professionnelle ou tout simplement poussées vers la sortie par des hommes qui tissent, entretiennent, un environnement qui muselle, dénigre, humilie et néglige les femmes ?

Dénoncer des faits de harcèlement, endosser la position de victime n’est agréable ni facile pour personne. On ne tire aucun profit en dénonçant ces faits, sauf à mettre en lumière des comportements que certains préféreraient laisser dans l’ombre pour justifier l’inaction.

Ce n’est pas si grave”, disent certains. “Tu devrais te sentir flattée”, disent d’autres. Nous voulons faire évoluer ce paradigme. Une prise de conscience de chacun est nécessaire pour enterrer les traitements inégaux, les conduites inappropriées, le “droit de cuissage” dont nous faisons quotidiennement l’expérience – et que nous voulons à tout prix éviter à nos filles.

Une femme a le droit de dire “NON” sans se retrouver mise au banc et acculée par une meute prête à défendre et absoudre son agresseur quel qu’il soit. Nous refusons la fatalité : “Ka-w vlé fè ? Sé kon sa sé nonm la yé !

La remise en cause systématique de la parole de la femme “victime” nous interpelle. Quelle place avons-nous dans notre société ? Dans les médias et dans le traitement de l’information journalistique ? Il n’est plus acceptable que la vie privée d’une femme soit prétexte à dénigrement public sans fondement. Il n’est plus acceptable que face à un “NON”, un prétendant cherche à se venger dans le cadre professionnel.

“Nous sommes vos filles, vos sœurs”

Nous femmes, citoyennes, Guadeloupéennes, refusons de cautionner le comportement abject de certains hommes à l’égard des  femmes. Nous refusons ces habitudes trop ancrées dans toutes les sphères de la vie en société.

Nous sommes vos filles, vos sœurs, vos nièces, vos cousines, vos voisines. Le silence est synonyme de validation de ses agissements. Qui ne dit mot consent ! Brisons le silence. Elevons nos voix ! Il y a urgence ! Une prise de conscience collective est nécessaire pour une évolution durable. Nos filles ne doivent pas avoir à subir ce que nos mères ont subit et ce que nous subissons aujourd’hui.

Nos fils doivent grandir en connaissant les limites et la valeur du consentement ou du refus.

Ensemble, ne permettons plus. Développons le respect mutuel. Favorisons l’écoute de l’altérité. La peur de dire “NON” doit disparaître.

 

Signataires :

Marie-Josée Genevieve (cadre territoriale), Corinne Thimodent (cheffe d’entreprise), Laurence Maquiaba (cheffe d’entreprise), Sylvie Gustave Di-Duflo (élue), Jessica Campbell (cheffe d’entreprise), Léa Pierre-Justin (cadre territorial), Vanessa Ronel (cheffe d’entreprise), Eva Jourau (cadre territoriale à la retraite), Lauranza Doliman (cheffe d’entreprise), Milène Loïal (salariée du secteur privé), Karine Dumesnil, (cheffe d’entreprise), Cécile Bonbon (cadre territoriale), Jessy Blanquet (journaliste) Marie-Chantal Francillette (cadre territoriale)  Brune Dolaïs (cheffe d’entreprise), Vanessa Kancel (cheffe d’entreprise), Nathalie Dinane (journaliste, rédactrice en chef adjointe), Sandra Bisson (cheffe d’entreprise), Paule Noyon (cadre territoriale), Mélanie Chastas, Violaine Bernadine (cheffe d’entreprise), Jocelyne Caberty (directrice pédagogique), Joëlle Ursull (auteure, productrice), Ingrid Laquitaine, (cheffe d’entreprise), Axelle Kaulanja (directrice de cabinet), Carole Maisetti (cadre), Mylène Colimar (cadre territoriale), nathalie Sylvestre (cadre territoriale), Jessica Brudey (cheffe d’entreprise), Eglantine Mamet (fonctionnaire territoriale), Florence Naprix (artiste), Francette Florimond (directrice d’éditions Inter-Entreprises)

 

Tournante !!!

Nous reproduisons ci-dessous un échange de mails que notre directrice des éditions a eu avec la direction de la rédaction de RCI Guadeloupe

De: Francette Rosamont <f.rosamont@local.interentreprises.com>
Objet: Tournante !!!
Date: 18 juin 2018 à 08:56:05 UTC−4

 

Chers collègues, 

J’espère que vous allez bien.
Je vous écoute ce matin 8h40 sur Internet et je suis vraiment choquée de ce commentaire d’un de vos animateurs sur le Mondial et qui, pour justifier la bonne performance du Mexique, a lancé la phrase que “la tournante a eu du bon !” 
Nous, médias, nous avons une responsabilité : ce genre de commentaire est inadmissible sur une radio d’aussi grande écoute que RCI. D’autant dans notre pays où l’actualité est malheureusement si souvent dominée par des crimes sexuels.
Et puis, celui qui l’a dit, serait-il aussi fiéro si “cette tournante” concernait sa fille, sa sœur, sa cousine, sa tante ou une quelconque femme de la famille.
L’enthousiasme créé par le beau jeu ne doit pas tout permettre.
Dans l’attente,
Bien à vous.
Sans réaction, et après l’intervention de José Anelka, directeur général, sur les ondes de RCI Guadeloupe, nous lui avons rerouté le 26 juin le mail envoyé à la rédaction de RCI Guadeloupe.

Bonjour José,

J’espère que tu vas bien.
Je t’ai entendu ce matin sur RCI Guadeloupe.
Trouve ci-dessous le mail que j’ai parvenir à Thierry le 18 juin dernier.
Nous, responsables de médias, sommes responsables de se qui s’y passe.
La réponse que nous avons reçu de sa part le 27 juin
Bonsoir Francette,
Je partage ton point de vue et ta juste indignation.
Ce monsieur fait l’objet en ce moment d’une mesure disciplinaire. Et comme cet homme baigne dans sa contradiction, il fait partie de ceux qui ont plaidé contre RCI en faveur de SENAT pour un soit disant harcèlement au sein de RCI.
A suivre.
José ANELKA
Directeur Général
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