Questions à ...

Jean-Pierre Baden : “Sortir des postures !” Pour réduire le fatalisme et la souffrance au travail.

Jean-Pierre Baden : “Sortir des postures !” Pour réduire le fatalisme et la souffrance au travail.

Pour ce délégué syndical CGTG administrateur de l’Aract Guadeloupe, la dynamique de territoire repose sur un dialogue social intense et organisé.

L’Aract Guadeloupe et la Dieccte viennent de boucler un cycle de formation de binômes de médiateurs : de quoi s’agit-il ?

C’est l’aboutissement de trois actions de formation de médiateurs du travail qui ont duré pendant trois mois. Elles faisaient suite à une charte que nous avons signée voilà un an entre partenaires sociaux représentants les salariés et le patronat qui faisait clairement apparaître qu’il fallait que la Guadeloupe soit dotée de médiateurs du travail. Nous ne remplaçons pas les professionnels de la place qui font de la médiation, de la conciliation ou de la facilitation. Notre particularité est que nous proposons de la comédiation, après une demande conjointe des parties, et que nous souhaitons intervenir le plus en amont possible afin de faciliter le règlement des conflits liés au travail.

Combien êtes-vous ?

Nous sommes huit binômes. C’est une prestation gratuite que nous mettons à disposition des entreprises. C’est un outil supplémentaire qu’elles pourront utiliser.

Comment le dialogue social a-t-il évolué en Guadeloupe ?

Nous avons fait du chemin au niveau de la prise de conscience, mais l’action ne suit pas forcément, ce qui crée un grand sentiment de frustration.

Aujourd’hui, nous sommes face à un grand fatalisme collectif qui cache beaucoup de souffrance personnelle. 2009 a créé de nombreux espoirs qui ont été déçus, ce qui provoque un manque d’engagement dans le combat syndical et un manque de confiance dans leurs actions. Il y a beaucoup de “coqs-à-belle-pose” qui occupent l’espace médiatique, mais il n’y a plus personne pour travailler, pour connaître les dossiers, pour rédiger les conclusions… Nous en sommes là : tout paraît calme, mais nous constatons de plus en plus que derrière les revendications salariales se cache bien souvent autre chose qu’il faut souvent traiter en priorité, comme la souffrance au travail.

Avec la création des binômes et l’engagement de la Dieccte, de l’Aract à vos côtés, comment voyez-vous la suite du dialogue social en Guadeloupe ?

Je le vois de manière très positive avec une certaine catégorie de chefs d’entreprise. En revanche, ceux qui détiennent 60 à 70 % de l’économie de la Guadeloupe ne sont pas dans ce type d’instance. Ils se considèrent même au-dessus de toutes ces institutions, en raison de la taille de leur entreprise et de leur pouvoir financier. Cette situation n’aide pas à donner une inflexion durable au territoire.

L’ancien directeur du travail, qui avait fait des statistiques, démontrait que 80 % des conflits du travail en Guadeloupe résultaient du non-respect de la législation. Si nous parvenions déjà à réduire à 40 % ce type de conflits, le territoire serait grandement pacifié.

Qu’est-ce qui selon vous est le plus dommageable ?

Les postures sur la place publique : nous nous côtoyons dans beaucoup d’instances où le paritarisme existe, nous nous connaissons. Les postures ne sont plus acceptables car nous avons une dynamique de territoire à construire.

* Sur le même modèle, une association de binômes de médiateurs existe en Martinique depuis 2005

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