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Groupement d’employeurs, Gieq, portage salarial : pourquoi ça prend peu ?

Groupement d’employeurs, Gieq, portage salarial : pourquoi ça prend peu ?

Les nouvelles formes d’emploi peinent à s’implanter aux Antilles-Guyane alors qu’elles pourraient constituer de vraies opportunités d’emplois et de structuration pour les entreprises.

Le groupement d’employeurs est une structure adaptée à nos territoires : d’un côté parce que les TPE ont besoin de se structurer pour grandir, mais qu’elles n’ont pas les moyens de se payer seules toutes les ressources humaines dont elles ont besoin ; d’un autre côté, parce qu’en mutualisant les besoins, le groupement d’employeurs permet de proposer des pleins temps à des personnes“, explique Hervé Rijo, ancien secrétaire général de la FTPE Martinique et cheville ouvrière de la création du groupement d’employeurs de cette fédération.

Créer un groupement d’employeurs ne se décrète pas : c’est un processus long, au moins neuf mois en moyenne. Ce temps est nécessaire pour valider chacune des étapes qui construisent la réussite de cette mutualisation de ressources humaines. La première est l’engagement véritable de chacun des dirigeants des entreprises adhérentes, leur connaissance de ce qu’est un groupement d’employeurs, son fonctionnement, la solidarité indispensable entre les membres, la coopération nécessaire entre eux et le respect des engagements pris, notamment en payant ses factures.

La deuxième étape est la définition du juste besoin des entreprises adhérentes (secrétariat, commerce, marketing, comptabilité…). Une fois le besoin défini, le groupement d’employeurs devra choisir si ses adhérents viendront d’un seul ou de plusieurs secteurs. Parallèlement, les initiateurs du groupement devront étudier leur environnement. Pour une bonne vie, la création du groupement doit être une stratégie déterminée des acteurs sociaux et économiques du territoire, au-delà des contingences politiques. Il peut en effet exister des “chasses gardées”, des activités pour lesquelles les ordres professionnels plus ou moins puissants dans les territoires peuvent déployer un lobbying actif pour contrecarrer l’activité du groupement.

 

La qualité des membres

La troisième étape est le recrutement des membres : leur qualité est un gage de réussite du groupement. Rien n’est plus mortifère que des adhérents volatils par rapport à l’utilisation des ressources allouées : l’objectif d’un groupement d’employeurs est de créer des emplois durables et de contribuer au développement économique de ses membres comme du territoire.

La quatrième étape est la validité du modèle économique du groupement d’employeurs : le groupement d’employeurs doit disposer d’une trésorerie et dégager des profits pour se constituer des réserves. Les groupements qui font le mieux face à leurs obligations financières sont ceux qui savent marier PME, TPE et TTPE. Les entreprises leaders assurent en moyenne 70 % de l’activité. Ce sont aussi ceux où les entreprises adhérentes s’impliquent dans la gouvernance, notamment pour fortifier le modèle d’affaires et la qualité de l’emploi.

Aussi bien les directions du travail que les groupements que nous avons interrogés expriment de réelles difficultés financières durant les premières années. Ils préconisent un accompagnement des collectivités durant les trois premières années ainsi que de limiter les charges fixes au départ, d’être extrêmement rigoureux en ce qui concerne le pilotage, de “bétonner” les contrats de mise à disposition pour éviter les malentendus, d’éviter les mises à disposition de moins d’une demi-journée et enfin de bien tenir compte des distances.

Le groupement d’employeurs pour l’insertion et la qualification (GEIQ) est une variante des groupements d’employeurs. Il est plus particulièrement tourné vers l’insertion des personnes éloignées du marché du travail. Le GEIQ met à leur disposition des salariés pour des parcours allant de 6 à 24 mois. Chaque parcours vise une qualification, généralement de premier niveau. La réussite d’un GEIQ tient elle aussi en la qualité des hommes et des équipes qui portent le projet. Tout en se focalisant sur la compétence des jeunes, ils doivent eux aussi être concentrés sur la bonne gestion.

Autre forme d’emploi : le portage salarial (voir encadré ci-contre). Une seule structure locale propose ce service. Il s’agit de Freedom Portage Salarial Antilles. Aux Antilles-Guyane, l’entreprise “porte” 200 salariés exerçant dans les secteurs du conseil, de l’audit, de la formation, du coaching, de l’administration, et de nombreux chargés de projets pour les collectivités. Elle prend entre 3 et 10 % de frais de gestion.

 

Le groupement d’employeurs : pour mutualiser les RH

Un groupement d’employeurs est un rassemblement de personnes physiques ou morales sous la forme d’une association ayant comme objectif de mettre à la disposition de ses membres des salariés liés au groupement par un contrat de travail. Cette mise à disposition peut servir à remplacer des salariés absents. Ces mises à disposition sont rémunérées soit à l’heure, soit sous forme d’un forfait.

Le salarié embauché par le groupement signe un contrat de travail qui mentionne ses conditions d’emploi et de rémunération, sa qualification professionnelle, la liste de ses utilisateurs potentiels ainsi que les lieux d’exécution du travail. En cas de faute du salarié, c’est le groupement d’employeurs qui exerce le pouvoir disciplinaire et qui doit remplir les obligations relatives à la médecine du travail.

Depuis novembre 2011, le cadre des groupements d’employeurs a évolué. Ainsi, les contrats de travail doivent garantir l’égalité de traitement en matière de rémunération, d’intéressement, de participation et d’épargne salariale entre le salarié du groupement et ceux des entreprises auprès desquelles ils sont mis à disposition. Une entreprise peut désormais faire partie de plusieurs groupements d’employeurs et celles de plus de 300 salariés peuvent également en faire partie, ce qui était interdit jusqu’alors.

La responsabilité des membres du groupement d’employeurs est désormais fonction des services qu’ils en retirent. Ainsi, le paiement aux créanciers (salariés et organismes collecteurs) est toujours garanti, mais avec une plus grande équité entre les membres du groupement, par accord statutaire.

Les collectivités territoriales peuvent toujours être membres du groupement d’employeurs, mais voient en revanche leurs responsabilités limitées, n’étant ainsi plus solidairement responsables avec les autres membres. De même, le nouveau texte dit clairement que l’utilisateur est responsable des conditions d’exécution du travail. Les groupements d’employeurs sont également soumis aux mêmes règles d’emploi des personnes handicapées.

Les groupements d’employeurs pour l’insertion et la qualification (GEIQ) font partie des groupements d’employeurs. La direction du travail a décidé de concentrer ses aides sur l’émergence de ce type de groupements dans les territoires.

 

Le portage salarial pour essayer

Le portage salarial est une relation contractuelle tripartite dans laquelle un salarié porté, ayant un contrat de travail avec une entreprise de portage salarial, effectue une prestation pour le compte d’entreprises clientes. Le portage salarial n’est pas un prêt de main d’œuvre entre entreprises, ni un contrat de travail temporaire. Le salarié porté doit avoir un niveau d’expertise, de qualification et d’autonomie lui permettant de rechercher ses clients, de négocier le prix et la prestation. Le portage s’adresse :

– aux demandeurs d’emploi, pour des missions ponctuelles ou comme tremplin vers une embauche ;

– aux créateurs d’entreprise, pour tester leur projet ;

– aux retraités ou préretraités souhaitant conserver une activité professionnelle ou compléter leur retraite ;

– aux professionnels souhaitant valoriser leurs compétences, ou choisir leur période de travail ;

– aux salariés voulant exercer une activité complémentaire ;

– aux jeunes diplômés souhaitant acquérir une première expérience professionnelle ;

– aux professionnels en temps partagé qui souhaitent regrouper leurs activités face à un employeur unique.

Seules les sociétés de portage peuvent conclure des contrats de travail en portage salarial. Elles doivent accepter uniquement des missions de services de type communication, finances, ressources humaines, BTP… De même, une entreprise ne peut recourir au portage salarial que pour des tâches ponctuelles, ne relevant pas de son activité permanente ou pour une expertise dont elle ne dispose pas en interne.

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