Entretien

Philippe Lemoine : “Devenir une base logistique pour l’activité pétrolière”

Philippe Lemoine : “Devenir une base logistique pour l’activité pétrolière”

Philippe Lemoine, président du directoire du Grand port maritime de Guyane

Echanges avec Philippe Lemoine, président du directoire du Grand port maritime de Guyane

Quel est le périmètre du Grand port maritime de la Guyane ?

Le périmètre du Grand port maritime de la Guyane comprend les installations de Dégrad-des-Cannes ainsi que celles de Pariacabo à Kourou. Le port de pêche du Larivot appartient à la ville de Matoury, et celui de Saint-Laurent-du-Maroni à la Communauté de communes de l’Ouest Guyanais (CCOG).

Vous venez de récupérer la concession des mains de la CCIG, comment les choses se présentent-elles ?

Comme l’expliquait notre présidente, du fait du différent avec la CCIG, nous n’avons pas encore récupéré les comptes de la concession. Pour fonctionner, nous avons dû contracter un prêt de 6Me. Nous pensons que la situation sera tranchée d’ici la fin de l’année. Aujourd’hui, le GPM de Guyane, c’est donc quarante-cinq personnes dont trente-et-une venant de la concession, et huit des services de l’Etat.

Quel est votre volume d’activité ?

Aujourd’hui, notre trafic est faible : 25 000 EVP par an et une quasi absence de trafic retour. Nous expédions en effet un peu de crevettes, de bois, de la ferraille et le déménagement des expatriés ! En fait, nous prévoyons que le trafic va s’accroître avec l’augmentation de la population. Nous traitons trois navires par semaine plus un navire pétrolier et un autre chargé de 600 voitures par mois, ce qui nous fait en moyenne 300 escales par an.

Notre activité est principalement axée sur le transport de marchandises. Notre objectif est de moderniser la manutention des conteneurs, pour accroître notre fiabilité et la sécurité sur la plate-forme. Par ailleurs, nous poursuivons le plan d’investissement destiné à moderniser les quais. Nous disposons de trois quais, l’un pour le trafic conteneur, l’autre pour les pétroliers et le troisième pour le minéralier. La réfection du quai numéro un est achevée après un investissement 30M€. Celle du quai numéro deux s’achèvera début 2014 et aura coûté 31M€. Nous devons programmer la réfection du troisième. Nous nous attaquons aussi à la réfection de nos terre-pleins et à la fluidité de l’entrée et de la sortie du port, ce qui nécessite un investissement de 16M€.

Quels sont vos axes de travail ?

Nous en avons trois. Le premier est la modernisation de la manutention. Nous venons de lancer une étude à ce sujet. Par exemple, les compagnies maritimes nous pressent pour que nous équipions le port de grues, mais elles n’envisagent pas de supporter d’impact financier. Cette étude devra nous éclairer sur les équipements les mieux adaptés, leur impact social, économique, etc. Les résultats devraient être connus mi-2014.

Notre second gros chantier est de faire de Dégrad-des-Cannes une base logistique pour l’activité pétrolière. Aujourd’hui, alors que Shell fore au large de la Guyane, sa base logistique est à Port-of-Spain. Nous nous positionnons de manière volontariste pour devenir une base logistique pour les forages au large de la Guyane voire du Surinam. Total vient de remporter un permis d’exploration au large de l’Amapa, le Surinam vient également de lancer son appel d’offres et est en discussion avec Shell : il y aura donc une intensification de l’activité pétrolière dans la région. Nous avons une carte à jouer.

Les quatre forages qui ont été effectués au large de la Guyane se sont révélés négatifs. En outre, l’Etat a modifié en juillet les procédures d’attribution des permis de forage. Celui de Shell s’arrête en décembre 2013. Il y aura peut être une césure, mais nous pensons qu’ils y aura pendant au moins six ans de la recherche pétrolière au large de la Guyane. Nous mettrons donc tout en œuvre pour disposer d’équipements modulables, de taille raisonnable, mais proposant tous les services afin que la base soit chez nous.

Quels sont ces besoins ?

Ce sont principalement des surfaces de stockage répondant à toutes les contraintes de sureté, de certification et de compétence du secteur pétrolier. Nous devrions être en capacité de faire une offre dès début 2014.

Quel est votre troisième chantier ?

C’est celui de l’extension de notre domaine. Le port de Desgrad-des-Cannes est étriqué le long du fleuve Mahury sur 15 hectares, il a très peu de réserve foncière. Nous sommes en discussion avec le Conseil général et l’Etat pour récupérer au moins cinquante hectares. Pour exploiter une base logistique, il nous faudrait y affecter au moins vingt hectares. Si nous voulons développer de l’importation, notamment de sable et de matériaux de construction, il nous faudrait y dédier au moins quatre hectares. De même, si nous voulons investir le para-portuaire, il faudrait cinq hectares supplémentaires. Pour mener ce projet à terme, nous avons engagé le cabinet de conseil Bernard Finance Conseil qui nous aidera à identifier les terrains. Nous espérons finaliser ce dossier en 2014.

Nous avons également lancé un observatoire du trafic protuaire pour avoir des statistiques sur le trafic et les recettes. Cela nous permettra d’affiner notre politique tarifaire.

Quant à notre plan stratégique, nous le finaliseront pour la mi 2014. Nous pensons entre autre étendre notre zone d’influence à terre, c’est-à-dire délimiter notre circonscription administrative sur laquelle nous pourrons exercer notre droit de préemption pour sécuriser nos accès.

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