Dossier

e.santé en Martinique, en Guadeloupe et en Guyane : cette révolution vous concerne !

e.santé en Martinique, en Guadeloupe et en Guyane : cette révolution vous concerne !

Les stratégies e.santé seront finalisées en décembre. Dans moins de deux ans, les premiers signes de la mutation seront visibles. 

Le moins que l’on puisse dire c’est que le numérique est l’outil sur lequel s’adosse les futures stratégies de santé du gouvernement et il trouve toute son expression aux Antilles-Guyane ! Dans ces territoires isolés à faible population de santé, on est même en phase d’accélération.

L’Agence régionale de santé (ARS) de Martinique taquine la dématérialisation des processus de soins depuis une dizaine d’années. “En dix ans, nous avons construit un socle numérique avec des outils et des référentiels que nous partageons. Nous avons mis en place un portail, www.sante-martinique.fr, sur lequel les professionnels s’enregistrent pour accéder au dossier du patient partagé, au dossier communicant de cancérologie, au répertoire opérationnel des ressources, à la messagerie sécurisée, à une plate-forme d’imagerie médicale interrégionale pour la téléinterprétation même avec des confrères nationaux, etc.”, explique Gaël Chevalier, chargé de mission système d’information santé et télémédecine à la direction de la Stratégie de l’ARS Martinique. Aujourd’hui, il faut unifier la démarche et mettre l’ensemble des personnes et des organismes concernés par la santé dans la boucle.

Nous présenterons le projet régional de e.santé de la Martinique ce mois d’octobre. C’est un document qui a été mis au point après une large concertation de tous les acteurs concernés par l’e.santé, que ce soit la collectivité territoriale, la CGSS, les associations, les professionnels de santé, etc. C’est une vision à dix ans qui devra être opérationnelle dans cinq ans”, précise-t-il.

Les projets régionaux de santé (PRS) des trois régions se déclinent en trois documents : un cadre d’orientation stratégique (COS) qui explique la vision, un schéma régional de santé proprement dit et le Programme régional relatif à l’accès à la prévention et aux soins des personnes les plus vulnérables (PRAPS).

Traquer les redondances

L’objectif est de rationaliser, de rechercher les complémentarités pour sécuriser le parcours de soin. “Aujourd’hui, nous sommes dans un contexte financier contraint, l’e.santé doit nous permettre de retrouver des marges de manœuvre”, confirme Gaël Chevalier. Même les CGSS sont conscientes qu’elles font trop de choses redondantes : partager les compétences rendra le système plus efficace, plus cohérent, notamment pour les populations… et moins cher.

Ici, la propriété des données ne semble pas poser de problèmes : “A l’ARS, nous ne développons pas des solutions pour nous. Chaque acteur est à un moment concerné par le patient qui est au cœur du dispositif. Nous voulons certes améliorer la prise en charge à tous les stades, mais nous voulons d’abord permettre au patient d’être un acteur de sa santé et tout faire pour qu’il demeure en bonne santé le plus longtemps possible. S’il est malade, le système de soins doit pouvoir le prendre en charge de la manière la plus efficace possible, et ce, d’autant plus que nous sommes face à une population vieillissante, touchée par de multiples pathologies. Le numérique sera une vraie aide.”

Les ARS de Guadeloupe, comme ceux de Martinique et de Guyane sont donc en train de finaliser leur stratégie régionalesanté comportant un volet offensif en termes de e.santé. Les travaux ont été lancés en Martinique en juillet dernier et doivent s’achever fin novembre 2018. Il en est de même en Guadeloupe. La Guyane vient juste d’achever la consultation publique de son PRS 2018-2028, ce 30 septembre. Sa version finale devrait être validée d’ici à janvier 2019.

Une avancée irréversible

Quoi qu’il en soit, rien ne semble pouvoir venir contrarier l’avancée de l’e.santé dans les territoires français d’Amérique, même pas le facteur humain, et ce, pour plusieurs raisons : d’une part, le développement de e.santé est une volonté politique forte ; d’autre part, la Martinique, comme la Guadeloupe et la Guyane sont de petits éco-systèmes de santé. Ces territoires sont éloignés des autres régions, et la démographie médicale, c’est-à-dire le nombre de professionnels de santé par habitant, y est plus faible qu’en métropole. Les déserts médicaux y sont nombreux, et les professionnels de santé qui y exercent ont une moyenne d’âge élevée : les barons ont longtemps découragé l’installation de jeunes confrères…

Dans ces régions, l’e.santé va permettre d’avoir des médecins dans des régions qui en sont dépourvues. La télémédecine est en outre rentrée dans le droit commun le 15 septembre dernier, ce qui veut dire qu’on est dans une phase de déploiement après expérimentation. Par exemple, toutes les filières de télémédecines de Guadeloupe et de Martinique seront cartographiées pour rendre cette offre visible. Par exemple en Guadeloupe, elle se pratique en cardiologie, en neurologie, en neurochirurgie, en diagnostic aux urgences… C’est un outil particulièrement important pour un archipel comme la Guadeloupe qui doit gérer des bassins de population de 1600 à 40 000 habitants. Comme en Martinique, les experts en télémédecine sont principalement dans les CHU. Pour favoriser le déploiement auprès des médecins de ville, l’ARS finance les équipements.

La télémédecine, c’est aussi le déploiement de la téléconsultation, de la téléexpertise, de la télésurveillance, de la régulation médicale et de la coordination médicale comme après l’incendie du service maternité au CHU en Guadeloupe qui est passé de 86 à 24 lits. La coordination médicale numérique a permis de répartir les femmes après leurs couches dans les lits disponibles en ville. La télémédecine inclut aussi les objets connectés, l’objectif étant le maintien à domicile dans de meilleures conditions.

Réduire les coûts

Le développement du numérique doit également réduire la pénibilité de l’exercice médical avec la mise en place d’une plate-forme territoriale d’appui qui allégera les médecins de la logistique autour de la prise en charge d’un malade (constituer un dossier médical, trouver les aides à domicile, prévoir l’aménagement du logement…).

Le numérique permet également de rendre attractifs ces territoires pour de jeunes professionnels de santé sensibles aux nouveaux outils.

L’e.santé est également un outil permettant d’optimiser les ressources des centres hospitaliers universitaires (CHU). Ainsi, un CHU ne sera plus engorgé par des cas pouvant être pris en charge au plus près de chez le patient. Elle leur permettra de développer leurs offres de soins à moindre coût. Conçu avant cette accélération digitale, le projet de CHU en Guadeloupe sera musclé sur cette partie avant sa mise en service.

 

L’objectif de l’e.santé en Martinique

A cinq ans, l’e.santé doit permettre de :

> développer un portail unique d’information pour les professionnels, en lien avec l’Assurance maladie, les collectivités, les ordres et les Unions régionales des professionnels de santé (URPS) ;

> opérer une mise à niveau de la sécurité des systèmes d’information de toutes les structures de la région (établissements territoriaux de santé, laboratoire de biologie médicale, centres d’imagerie et de radiologie, etc.) ;

> renforcer les coopérations entre les professionnels de santé afin de faciliter l’accès à l’offre de soins et d’optimiser les ressources médicales et paramédicales ;

> lever les freins à l’accès aux soins liés à la mobilité en développant les équipements numériques ;

> accompagner l’équipement des structures de santé pour le déploiement de la télémédecine ;

> renforcer le territoire numérique de soins ;

> déployer progressivement d’un bouquet de services numériques auprès des acteurs participant à la coordination des parcours ;

> déployer progressivement un bouquet de services numériques auprès des acteurs participant à la coordination des parcours (SNACS) ;

> poursuivre la mise en place du cadre commun e-Santé ;

> poursuivre le déploiement du service informatique clinique mutualisé ;

> initier la mise en oeuvre d’un service informatique médico-social ;

> assurer une coordination des offres de soins entre départements français d’Amérique ;

> assurer la structuration de filières de soins interrégionales et définir un circuit du patient étranger.

 

Bientôt un e.parcours

Avec l’Union des réseaux de santé et la Communautés professionnelles territoriales de santé Madinina, l’Agence régionale de santé Martinique a été retenue en avril dernier, dans le cadre d’un appel à projets national, pour concevoir un e.parcours de santé, c’est-à-dire un dispositif numérique qui doit permettre de fluidifier le le suivi du patient à tous les stades.

L’e.parcours se déclinera en quatre grands champs : le premier est la prévention avec des serious game afin que le patient deviennent l’acteur de sa bonne santé ; le deuxième est l’accès aux soins de premier recours avec une coordination de tous les acteurs en favorisant la télé-consultation, la télémédecine, etc. ; le troisième champs concerne la phase aiguë de soins, lors d’une hospitalisation, avec récupération de tous les antécédents du patient ; et enfin le quatrième est le suivi après sortie d’hospitalisation pour favoriser un retour à la vie normale en lien avec les infirmiers, les médecins traitants, les professionnels de la réhéducation…

Complètement interconnecté, ce programme de mobilité numérique du patient devra être opérationnel au plus tard en 2020. Il devra intégrer les professionnels des champs du sanitaire, du social et du médico-social qui seront tous équipés d’outils de mobilité performants pour permettre un accès aux informations à tout moment.

Par exemple, un infirmier pourra prendre les patients en charge, et grâce à la télémédecine, il pourra, face à des patients ayant des difficultés de mobilité qui développent des escarres, il pourra demander le recours d’un expert des plaies pour savoir comment les traiter, vérifier leur évolution, etc.

C’est le Groupement de coopération sanitaire-Système information de santé (GCS-SIS) Martinique qui va développer les interconnexions des systèmes et recenser les dispositifs et équipements existants pour avoir une cartographie de l’offre de soins et tout mettre à jour dans l’espace commun numérique. L’objectif est de permettre au patient d’être soigné dans son territoire de vie, c’est-à-dire le plus près possible de chez lui.

 

L’objectif de l’e.santé en Guadeloupe, Saint-Martin et Saint-Barthélemy

A cinq ans, l’e.santé doit permettre de :

> amplifier l’usage de la télémédecine et accompagner son développement auprès des acteurs, y compris les patients ;

> promouvoir un usage organisé des objets connectés : le développement de la télésurveillance pour les maladies chroniques ; en établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) et établissements pour personnes en situation de handicap afin d’offrir un égal accès aux soins à tous les publics ;

> accompagner l’adaptation des organisations et des métiers aux innovations technologiques ;

> accompagner les acteurs dans les changements que ces pratiques nouvelles induisent ;

> utiliser le numérique dans le développement de la coopération ;

> renforcer la sécurité des systèmes d’information en santé ;

> renforcer la sécurité et la qualité des soins et des prises en charge médicosociales ;

> développer les filières de soins pour une complémentarité parfaite entre établissements publics de santé, y compris entre les deux centres hospitaliers universitaires (CHU) des Antilles, et avec le secteur privé local ;

> développer les formations interprofessionnelles, la recherche et les innovations en santé.

 

 

L’objectif de l’e.santé en Guyane

A cinq ans, l’e.santé doit permettre de :

> généraliser les usages du numérique en santé pour abolir les distances afin de permettre l’accès aux soins de santé primaire sur tout le territoire guyanais ;

> déployer les usages du numérique pour faciliter les parcours, rapprocher les ressources et les acteurs de la santé (notamment) au plus près du domicile en construisant des outils numériques efficaces et appropriés par les organisations de santé ;

> déployer une plateforme territoriale de services numériques ;

> déployer les usages de la télémédecine ;

> définir une stratégie d’appui à l’usage des objets connectés en santé ;

> restructurer les plateaux techniques dans une logique territoriale et de gradation des soins en investissant dans la modernisation et l’interopérabilité des systèmes d’information.

 

Dossier médical partagé obligatoire

Le dossier médical partagé (DMP) est le futur carnet de santé numérique. Il s’agit d’un tournant majeur dans le droit des patients de contrôler leurs données de santé et doit permettre de lutter contre la redondance des actes.

Ainsi, à partir de novembre prochain, le DMP sera généralisé. Seul un espace individuel restera sous son le contrôle du patient, lui permettant d’y déposer les informations de son choix. Le reste, à savoir tout le parcours de santé du patient, sera alimenté directement par les professionnels de santé et par la Sécurité sociale, sans que le patient ne puisse s’y opposer. Le DMP permet de conserver l’historique de l’état de santé d’un patient. Lors d’une consultation, le médecin a alors accès à ces informations qui peuvent être utiles lors de son diagnostic. En situation d’urgence, l’accès au DMP peut s’avérer utile pour les services du Samu ou les professionnels de santé intervenants qui doivent intervenir.

D’une manière générale, cette outil numérique doit contribuer à améliorer le votre parcours de soins, par l’échange des informations entre la médecine de ville et l’hôpital.

Le DPM sera accessible aux professionnels de santé. C’est une catégorie large. Il s’agit des médecins, sages-femmes, odontologistes, pharmaciens, infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, pédicures-podologues, ergothérapeutes et psychomotriciens, orthophonistes et orthoptistes, techniciens de laboratoire médical, audioprothésistes, opticiens-lunetiers, prothésistes et orthésistes, diététiciens, aides-soignants, auxiliaires de puériculture, ambulanciers… Tous sont considérés par le Code de la santé publique comme des professionnels de santé.

Pour être efficace, le DMP devra être complété. Le patient pourra consulter et fermer son DMP à tout moment. Pour le fermer, il pourra le faire soit en se connectant à dmp.gouv.fr, soit auprès d’un établissement de santé, soit lors d’une consultation médicale. À partir de sa fermeture, le DMP sera conservé dix ans, puis supprimé. Pendant cette période, il pourra être réactivé. Le patient pourra aussi demander la suppression définitive de son DMP.

 

e.santé : changement de gouvernance

Le Groupement de coopération sanitaire (CGS) vit ses dernières heures. Ce sont ses services qui ont accompagné les développements numériques effectués par les Agences régionales de santé. Ainsi, après dix ans de bons et loyaux services, le Groupement de coopération sanitaire-Système information de santé (GCS-SIS) Martinique, mais aussi le GCS e-santé Archipel 971 en Guadeloupe et CGS Guyasis en Guyane, vont disparaître. Ils vont laisser la place à des Groupements régionaux d’appui au développement de l’e.santé (GraDeS). Cette transformation s’appuie sur la volonté d’inclure l’ensemble des acteurs dans la stratégie e.santé des territoires. Les missions des GraDeS sont encore à préciser. Cependant, on sait déjà que ce sont ces nouvelles structures qui porteront les missions d’amélioration de la qualité des services de soin. Ces nouvelles structures auront également des missions de coopération entre les départements français d’Amérique (DFA) et vers les services de santé des pays de la Caraïbe.

 

Imagerie numérique

Imagerie médicale Antilles-Guyane (IMAG) est un service commun d’imagerie médicale mise en place en 2015 entre la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane. Avec un consortium industriel emmené par GE Healthcare, une plate-forme numérique a été mise en place qui permet à une radiographie entrée dans cette base d’être interprétée par un praticien qui n’est pas forcément dans le département où se trouve le patient. Le service est plébiscité par les établissements de soins publics et les cabinets libéraux qui s’y sont connectés. Seul bémol : la faiblesse du bassin de population rend le coût des clichés trop élevé.

Avec cet outil, les trois ARS sont en train de mettre en place un dispositif de dépistage organisé du cancer du sein. Ce dispositif va permettre aux patientes d’être prises en charge plus vite. En effet, lors du dépistage du cancer du sein, il y a deux lectures. Si la première est positive, elle doit être suivie d’une seconde lecture par un professionnel habilité. Tous les radiologues ne sont pas habilités pour cette seconde lecture. Aujourd’hui, les temps de prise en charge sont longs. Avec ce dispositif, la Martinique va soulager la Guyane qui n’a pas de praticiens capables d’effectuer la seconde lecture et assister la Guadeloupe où les temps d’attente de rendez-vous sont longs. Ce projet permettra de faire en outre des économies dans les coûts de transport par La Poste pour la seconde lecture.

Grâce à ce projet, l’Institut national du cancer (Inca) va valider la mammographie numérique. Aujourd’hui, la mammographie ne se fait que sur des films argentiques.

Grâce à des fonds ARS, préfecture, Région, Feder, ce projet devrait être finalisé dans un an.

Partager cet article :

Suggestion d'articles :