Médiation

Jacques Salomé : “Travailler et rester en santé… c’est possible !”

Travailler, produire, être efficients et rester en santé tant pour les entreprises elles-mêmes que pour les individus qui y travaillent, c’est possible !

HS-2005-SalomeLes entreprises sont des corps complexes, vulnérables et parfois fragiles, car elles ont à faire face à un double circuit de pathologies spécifiques et de “maladies” : celles qui touchent directement ou indirectement les individus et celles qui touchent le fonctionnement, l’équilibre interne du service ou de l’entreprise.
Je ne vais pas traiter ici des risques propres à certaines entreprises, compte tenu de leur production ou de la spécificité de leur fabrication, mais essentiellement des risques issus des difficultés à communiquer, à concilier trois registres de relations : faire bien ensemble, (produire), être bien ensemble (collaborer) et être bien avec soi-même (équilibre intime). C’est donc à travers une amélioration possible des communications que se vérifiera la santé globale d’une entreprise et des personnes qui y travaillent.

Lien étroits

Il y a des liens très étroits entre non seulement notre état de bien-être, mais aussi notre état de santé et la qualité de nos échanges et relations vécues (acceptées ou subies) dans le cadre de notre activité professionnelle. Je ne pense pas seulement au stress, à la fatigue issue d’une surcharge de travail, aux tensions liées au bouclage d’un dossier ou d’un projet important ou aux irritations consécutives à des engagements non tenus….
Je songe plutôt à ce qu’il conviendrait d’appeler les pollutions, les agressions voire les violences endémiques entretenues par le système relationnel qui domine aujourd’hui dans le monde de l’entreprise.
Et en premier la confusion entre communication (mettre en commun) et la circulation de l’information. On a aujourd’hui privilégié à outrance la circulation de l’information (notes de services, intranets, portables) qui font que nous sommes atteignables, dérangés n’importe où, n’importe quand…) au détriment soit d’une meilleure centration sur la tâche en cours et surtout de la mise en commun, des partages, des synergies qui devraient se rassembler autour de la finalité qui justifie l’existence de l’entreprise.
Pour beaucoup de responsables et de managers, il n’existe pas une conscience suffisante que la communication est la sève de la vie d’une entreprise, que c’est au travers d’une communication vivante, dynamique et créative que se dynamise et se vivifie le corps vivant de l’entreprise.
Le prix à payer en est souvent fort cher : absentéismes pour “raison de santé”, sabotages inconscients, oublis, démissions larvées, renoncement à s’investir dans le travail, ronronnement et passivité…

Pathologie caractéristiques

Il arrive ainsi que certaines entreprises ou certains services développent des “pathologies” caractéristiques : recrudescence des accidents, passage à l’acte (violences) entre les membres du personnel, lettres anonymes, rumeurs, règlements de compte à travers des dossiers (oubliés, perdus, sabotés) ou des suivis perturbés (retards, pertes…), décalages importants entre les différents services dans la cohérence de l’exécution d’une action commerciale ou de la fabrication du produit…
Travailler ensemble en équipe réduite ou plus large, c’est prendre le risque de recevoir en effet, parfois massivement, ce qu’il serait possible d’appeler des toxines ou l’équivalent de poisons qui sont contenues dans certains messages reçus de nos collègues ou de l’entourage professionnel.
Messages directs à fortes charges agressives quand un collègue ou un supérieur déverse sur nous des plaintes, des accusations, des reproches ou des mises en cause directes qui nous entraînent à nous justifier, nous défendre sans toujours convaincre ou nous soumettre contre notre propre position. Ou encore messages plus subtils à double sens, qui laissent en suspens une intentionnalité ambivalente, qui déposent une pensée négativante ou perverse.

Injonctions, menaces et cie

Par ailleurs, le système d’échange dominant l’ensemble de nos relations, s’appuie le plus souvent :
* sur des injonctions (on dicte à l’autre ce qu’il doit penser, faire, sentir, comment être, ne pas être…) ;
* sur la menace directe ou indirecte, réelle ou fantasmée (on anticipe négativement les conséquences de ses actes, de son comportement, on laisse planer des doutes, de la méfiance) ;
* sur la pratique fréquente de la dévalorisation, des jugements de valeurs, des disqualifications (on voit ce qu’il n’a pas fait, plutôt que de constater et de valoriser ce qu’il a fait) ;
* su le maintien des relations dominants/dominés, profitables à certains, dans lesquelles ce sont toujours les mêmes qui exercent une influence (position haute) et les mêmes qui la subissent (position basse).
L’ensemble de ces pratiques sont énergétivores, dans le sens où elles mobilisent et consomment beaucoup d’énergie, non utilisable pour les tâches que nous devons accomplir… quand même. Nous sommes alors déstabilisé, et nous devenons vulnérables, moins capables d’affronter avec le maximum de ressources le travail qui est le nôtre.
Quelques règles d’hygiène relationnelles pratiquées avec constances sont susceptibles d’améliorer considérablement non seulement notre bien-être mais aussi notre état de santé.

Se respecter, se positionner, s’affirmer

Je voudrais en rappeler quelques-unes pour ceux qui souhaiteraient mieux se respecter, se positionner ou s’affirmer avec plus de cohérence dans le cadre professionnel :
* ne pas laisser parler l’autre sur nous, mais l’inviter à parler de lui, de ses attentes, de sa déception, de son point de vue ou de son ressenti par rapport à nous ou à notre action. Et s’engager à faire de même… en ne parlant plus sur l’autre ;
* pratiquer la communication directe et ne pas entretenir chez l’autre la communication indirecte : quand quelqu’un vient nous parler d’une tierce personne, l’inviter à dire ce qui a été touché chez lui, à parler de ce qui le concerne par rapport à ce qu’il tente de nous dire sur l’autre ;
* se rappeler qu’il ne faut pas confondre la personne et son comportement, l’individu et ce qu’il a fait ou pas ;
* savoir que ce n’est pas ce qui a été fait, pas fait, dit, pas dit qui est le plus important, c’est ce qui a été touché, réveillé, sensibilisé, ce qui a retenti chez la personne par ce qui lui a été dit ou pas dit, fait ou pas ;
* oser dire son ressenti et inviter l’autre à dire le sien ;
* quitter le niveau des généralités pour celui de l’exemple concret, du témoignage personnel ;
* prendre le risque de la confrontation (donner son point de vue en apposition à celui de l’autre) plutôt que de déclencher l’affrontement (donner son point de vue en opposition, en désaccord avec celui de l’autre) ;
* être capable de se définir, d’affirmer son point de vue, de faire des demandes ouvertes (c’est-à-dire être capable de gérer la réponse de l’autre). Ne pas confondre demande et exigence déguisée ;
* ne pas hésiter à restituer, à renvoyer les messages négatifs reçus ou déposés sur vous. “Cela est ton point de vue sur moi, je le laisse chez toi…” “Je te rends cette phrase qui m’a fait violence et qui m’a blessé – ces mots sont les tiens et je te le restitue…”.

Silence des mots, violences des maux

Quand il y a le silence des mots, se réveille et se crie la violence des maux.
En effet, quand s’accumulent trop de non-dits, trop de communications indirectes et surtout de rumeurs, quand se vivent trop de frustrations par rapport à la non-satisfaction de nos besoins relationnels élémentaires (pouvoir se dire, pouvoir être entendu, pouvoir être reconnu, pouvoir être valorisé, pouvoir disposer d’une zone d’intimité et d’un pouvoir d’influence…) alors notre santé est en jeu. Et cela est d’autant plus grave, que les signes sont au départ invisibles, masqués, dispersés, qu’on déplace leur compréhension sur des enjeux secondaires qui ne sont pas les enjeux réels. Ils vont donc s’accumuler pour la plupart du temps exploser ou imploser et mettre à jour beaucoup de souffrances, de mal-être et de somatisations que la médecine du travail s’avère impuissante à soulager…
Avoir le souci d’un management relationnel pour des responsables d’entreprise, promouvoir des formations aux relations humaines, développer des temps de rencontres et de partages pour vidanger la tuyauterie relationnelle entre les membres d’un staff, d’une équipe, d’un service, sont autant de moyens pour améliorer la santé en entreprise.

Jacques Salomé est l’auteur de

* Vivre avec les autres. Ed de l’Homme
* Oser travailler heureux. Albin Michel
* Si je m’écoutais…je m’entendrais. Ed de l’Homme.

Partager cet article :

Suggestion d'articles :