Pour l’avènement d’un consumérisme antillo-guyanais !
Pour Pierre-Yves Chicot, il est temps qu’émerge un puissant mouvement consumériste aux Antilles-Guyane, pas seulement préoccupé par les prix.
Traditionnellement, quand on évoque la consommation, on dit des sociétés antillo-guyanaises qu’elles sont des sociétés de consommation. Mais qu’est-ce donc ? Et est-ce vrai ? L’expression “société de consommation” désigne une société au sein de laquelle les consommateurs sont incités à consommer des biens et services de manière abondante. C’est l’économiste américain John Kenneth Galbraith (1908-2006) qui en parle le premier dans les années 1950-60, voulant rendre compte du mode de vie occidental qui accorde une importance considérable à l’accès au matériel comme vecteur du bien-être. En France, C’est le sociologue Jean Baudrillard, dans son livre intitulé “la Société de consommation” (1970) qui développe la thèse selon laquelle la consommation est un élément structurant des relations sociales. Aussi s’aperçoit-on que les individus ne consomment pas pour satisfaire un besoin, mais plutôt comme un moyen de se différencier. Rapportée aux Antilles-Guyane, la consommation est certes un moyen de se différencier, mais n’est pas un indicateur probant de l’appartenance à une classe sociale donnée en fonction du bien consommé.
> Des marchés pour écouler des productions
Ceci est notoirement vrai pour ce qui concerne l’achat de voitures. Certains ont même parlé de l’Antillo-guyanais comme étant un “homo-automobilis”. La société de consommation naît du besoin des sociétés productrices de biens et de services d’écouler leurs productions. Les terres de débouchés donnant ainsi lieu à des sociétés de consommation engendrées tout bonnement par le modèle libéral et la concurrence que celui-ci induit. La croissance économique ainsi que la recherche d’une production toujours plus importante nécessite, pour augmenter les profits des entreprises, une consommation élargie et effrénée. Ceci est d’autant plus vrai que la structure des entreprises antillo-guyanaises révèle une part significative d’entreprises intervenant dans l’import-export.
Dans une société dite de consommation, quelle place et quel rôle doit occuper le consumérisme ? Le consumérisme comprend l’ensemble des doctrines, actions et organisations ayant pour objectif de défendre les intérêts des consommateurs. La forme la plus répandue est celle de l’association de consommateurs. Celles-ci s’assignent des missions d’information, d’éducation et de respect du droit des consommateurs. Dans les années 60, aux États-Unis, un avocat du nom de Ralph Nader a contribué avec son association “public citizen” à raviver la tendance au consumérisme qui existait déjà au XIXème siècle en Belgique. Un autre acte fondateur du mouvement consumériste est le discours de John Kennedy devant le congrès le 15 mars 1962. Dans cette adresse aux parlementaires de son pays, le Président américain reconnaissait officiellement des droits aux consommateurs : le droit à la sécurité, le droit à l’information, le droit de choisir, le droit d’être entendu. La haute propension à consommer des sociétés antillo-guyanaises exige de se poser la question du consumérisme. Posée au début de l’année sous la forme de la revendication d’un pouvoir d’achat amélioré, la défense du consommateur semble être dans ce cas à l’incitation à la consommation. À la vérité, la question posée du pouvoir d’achat du consommateur antillo-guyanais impliquait le changement dans l’acte de consommer de même que la contestation de l’opacité qui règne en matière de fixation des prix. Indéniablement, il existe la nécessité d’un mouvement consumériste puissant aux Antilles-Guyane. La protection des consommateurs demeure donc un terrain dont la fertilité est plus prometteuse que précise.
Il est clair que la protection des consommateurs ne peut pas se cantonner à l’unique registre du pouvoir d’achat. Cela signifierait que la logique constante reste celle de consommer toujours plus alors que l’idée de consommer mieux est absolument d’une flagrante opportunité. Les produits importés aux Antilles-Guyane et consommés par les Antillo-guyanais sont-ils toujours conformes aux intérêts de ceux qui déboursent ? Est-on dans un rapport gagnant-gagnant entre les entreprises importatrices ou productrices et les consommateurs ? Ce sont autant de questions qu’un consumérisme antillo-guyanais protecteur des intérêts du consommateur pourrait creuser.


Gémo, structure de manutention portuaire créée en 2010 suite au regroupement de Manumar exsangue et Générale Manutention Martinique-SP (GMM-SP), filiale de CMA-CGM, est de nouveau au bord de la cessation de paiement.
Le point de vue d'Hélène Gebhardt, médiateure, magistrate honoraire
















































