"La médiation transforme le désespoir en espoir"
Pour cette ancienne juge, la médiation est un mouvement en marche qui élargit la palette des solutions possibles face aux conflits.
> Qu’est-ce qui vous a poussée à devenir médiateure ?
J’ai exercé pendant vingt-cinq ans toutes les fonctions de magistrat, excepté celle de juge pour enfants entre Strasbourg, Colmar, Nancy et Paris. Durant toutes ces années d’exercice, j’ai eu l’occasion de constater que si le droit était dit, il ne résolvait pas complètement le problème en ne proposant généralement qu’une stratégie gagnant/perdant. Ayant élevé mes trois enfants, j’ai pris l’option de prendre une retraite anticipée pour me consacrer à la médiation et à la sensibilisation de mes anciens collègues à cette autre forme de résolution des conflits.
> Qu’est-ce que la médiation pour vous ?
La médiation est un mode amiable de résolution des conflits, un enrichissement des réponses possibles, pas un substitut au judiciaire. La médiation est un processus de négociation volontaire, coopératif et confidentiel. C’est-à-dire qu’elle ne peut être imposée, que les parties doivent travailler ensemble pour y parvenir et qu’elle n’a aucun rapport avec le juge. Le médiateur est un tiers facilitateur qui doit être neutre, impartial et bienveillant. Il n’a pas de pouvoir. Son seul talent est d’aider les participants à trouver ensemble des solutions pacifiques, de rétablir la communication et le dialogue en instituant un cadre accepté par tous. Le médiateur doit permettre aux parties de se parler, de s’écouter et de comprendre la logique de l’autre.
> La médiation répond-elle à un processus ?
Oui. Il se décompose en cinq phases : l’exposé de la réalité de chacun ; l’expression du ressenti et des besoins de chacune des parties ; l’accord sur l’objet du désaccord ; le passage vers l’avenir avec la recherche de toutes solutions possibles ; et enfin le choix de la solution et la rédaction du protocole.
> Cet intérêt pour la médiation n’est-il pas un effet de mode ?
Je ne le crois pas, car le but principal est la paix sociale. Le Canada a dix ans d’avance sur l’Europe en la matière. Cette montée en puissance de la médiation s’explique de plusieurs manières. La première est la résultante du déclin de certaines institutions qui jouaient jusque-là un rôle conciliatoire tels l’église, l’école, la famille. La seconde est l’allongement des délais des procédures et leur coût. Enfin, de plus en plus, on se rend bien compte que le juge tranche le différend juridique sans pour autant résoudre le conflit humain.
> Quelle est la position de l’Europe sur ce dossier ?
Le 6 mai 2004, la Commission européenne a pris une option majeure en la matière avec la publication du Code européen des médiateurs. Et puis, le 21 mai 2008, a été adoptée une directive européenne portant sur certains aspects de la médiation civile et commerciale, spécialement dans les litiges transfrontaliers. Nous avons jusqu’au 21 mai 2011 pour la transposer en droit interne, c’est-à-dire encourager la formation des médiateurs, élaborer des codes de bonne conduite, de donner le droit à tous les juges européens de proposer la médiation aux parties, assurer la confidentialité, suspendre ou interrompre les délais de prescription durant la médiation, obliger les États-membres à instaurer des mécanismes conférant aux accords après médiation le même caractère exécutoire qu’un jugement.
> Et la France ?
La France est l’un des premiers pays européens à consacrer la médiation dans ses textes. Elle l’a commencée dès 1995 pour les procédures civiles. L’une des actions la plus récente est l’installation en décembre dernier de quarante bénévoles médiateurs pour les chambres sociales à la cour d’appel de Paris. C’est un mouvement qui est en marche. Cependant, il faut se garder d’en faire un instrument pour désengorger les tribunaux : tout le monde n’est pas fait pour aller en médiation et rendre son recours obligatoire, notamment dans les affaires familiales, lui enlèvera une partie de ses chances de réussite.
> Et en entreprise ?
La médiation permet d’atteindre de nombreux objectifs. En interne, elle permet d’améliorer la cohésion des équipes et le dialogue social. Par exemple, la médiation permet d’atténuer voire d’éviter les risques psychosociaux, les problèmes de harcèlement sont rapidement décelés et traités en profondeur. Ou encore, la Halde privilégie le traitement des problématiques de discrimination par la médiation plutôt que par la sanction. La médiation permet indéniablement de régler plus rapidement et de manière moins onéreuse les conflits, évitant ainsi l’impact négatif sur l’image de l’entreprise et la nécessité de faire des provisions.
Dans les relations inter-entreprises, la médiation permet d’éviter les litiges, de préserver les intérêts réciproques et de maintenir la relation.


Concentrés que nous sommes sur la formation du gouvernement français après l'alternance survenue le 6 mai dernier, nous en négligeons ce qui se passe dans notre région.
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