Virginie Bécheau, gérante de Point Vert
Magazine Financement des entreprises
"J'aime vendre"
P a r c o u r s p e r s o n n e l
Si Virginie Bécheau se déclare être à l’écoute non seulement de ses clients mais aussi de ses salariés, c’est tout simplement parce qu’elle aussi est passée par là : “J”ai été salariée, je peux donc me mettre à leur place”, confie-t-elle. Titulaire d’un BTS action commerciale, Virginie Bécheau a d’abord exercé dans la grande distribution en métropole. Tout d’abord à Périgueux, chez Auchan : “J’étais chef du rayon femmes”, raconte-t-elle, avant de passer à la layette et à la puériculture à Bordeaux. Ensuite, Virginie a souhaité faire autre chose : “Toujours chez Auchan”, précise-t-elle. Elle est nommée chef de caisses, ce qui permet ainsi d’approfondir ses connaissances au niveau du social.
En 1996, nouveau virage professionnel quand elle rejoint son père, Édouard de Pompignan, alors gérant de Point Vert en Martinique. Elle lui succède en 2000. Elle est aujourd’hui à la tête de Vert Acajou, un concept innovant de centre commercial tourné vers les plantes et le bien-être de la personne.
POINT VERT
Création : 1975, reprise : 2000
Surface de vente : 1.200 m2
Nombre de salariés : 21
Services, produits : semences, plantes-pépinière, produits phytosanitaires, pots, décoration, barbecue, loisirs-détente jardin, protection humaine et des cultures, outillages et arrosage, animalerie, matériel et pièces détachées, mobilier et floraison espaces verts.
Marché : la Martinique sur un seul site
Clientèle : particuliers, professionnels et administrations
Juin 2005 : ouverture de Vert Acajou comprenant 11 boutiques : Point-Vert (jardinerie), Alimentation pour Chiens & Chats, Saveurs Café, Vie & Vie (diététique), Magie Line (piscinier), Symphonie (articles en porcelaine), Le Jardin des Saveurs (restaurant), Nature & Soins (Institut de beauté), Place des Délices (épicerie fine), clinique vétérinaire, Pyramide
Perspectives : pérenniser la structure, faire évoluer Point Vert et Vert Acajou.
Qu'est-ce qui vous a poussée à créer votre entreprise ?
C’est mon père, Édouard de Pompignan, qui l’a créée en 1975. J'ai repris le flambeau, en décembre 1996, et je suis devenue gérante en 2000. Ayant baigné dans cette activité depuis l’enfance, je croyais d'autant plus en elle que je voyais le jardin se démocratiser en Martinique : le jardinage était dans l'air du temps.
Quelle vision a sous-tendu la reprise de votre entreprise ?
Mon père ayant créé et dirigé son entreprise avec une telle passion durant cinq décennies, il me paraissait normal d'être volontaire pour la reprendre. Aujourd'hui, je suis heureuse de l'avoir fait d’autant que j’ai le sentiment d'être épaulée par une équipe partageant cette même envie d'avancer, cette même envie d'y croire.
Quels sont vos atouts ?
Je suis à l'écoute des clients... et des salariés. J'ai moi-même été salariée, je peux ainsi comprendre leurs attentes... Mais mon vrai atout est que je suis avant tout et profondément commerciale : j'aime vendre ! Je sais transmettre mes convictions... Lorsque je dis quelque chose, je le pense et j’y crois ! Ce n'est pas voler un client que de lui conseiller de bons articles et de l'inciter à acheter tel article au lieu de tel autre. Il faut combattre l'idée que bien conseiller et bien vendre un article a forcément une arrière-pensée de vol : un client n'achète pas ce dont il n'a pas besoin !
En ce qui concerne Point Vert, son atout majeur est sans nul doute le conseil apporté aux clients par ses salariés experts dans le domaine du jardinage. Enfin, l’atout de l'entreprise est qu’elle est stable et constante.
Quels sont les points de votre activité que vous avez toujours eus en ligne de mire ?
La tondeuse à gazon ! À ses débuts, mon père réparait les tondeuses dans le salon à la maison ! Plus sérieusement, les secteurs que nous avons toujours eus en ligne de mire sont la motoculture et son matériel. Depuis, nous avons élargi notre activité vers la pépinière et les produits phytosanitaires. Mais la tondeuse et son service après-vente sont déterminants pour nous.
Quelles sont vos recettes pour durer ?
Être à l'écoute de ses clients, être présents sur le marché et être experts dans son domaine d'activité : trois recettes que nous suivons à la lettre chez Point Vert !
Quelles sont aujourd'hui vos zones de progrès ?
Adapter l'offre à la clientèle. C'est ce que nous sommes en train de réaliser avec Vert Acajou*, centre commercial qui s'est ouvert en 2005 où loge aujourd’hui Point Vert. Il s'agit d'un concept innovant en Martinique qui réunit onze magasins dont la trame commune est le jardin, la nature. Forts de nos atouts “conseil” et “expertise”, nous avons su réunir autour d’un objectif commun des professionnels indépendants, comme nous. C'est le meilleur moyen de nous faire connaître.
Pensez-vous qu'une entreprise puisse croître indéfiniment ?
Non car le marché est limité. Au bout d'un certain temps de croissance, une entreprise voit obligatoirement son chiffre d'affaires stagner. Aussi porteur qu'un marché puisse être, une entreprise connaît systématiquement une phase de stabilisation qui pousse son dirigeant à innover, à recentrer ses activités. Un investissement est nécessaire, voire indispensable si l'on veut épouser une nouvelle dynamique. C'est ce que nous avons réalisé avec Vert Acajou, pour booster Point Vert dont le taux de fréquentation et le chiffres d'affaires stagnaient depuis quelques années.
Quels points vous préoccupent pour l'avenir ?
La jeunesse et la violence. Il y a certes beaucoup de bonne volonté chez les jeunes, mais tous n'ont pas toujours compris la valeur du travail, et par conséquent celle de l'argent. Or, l'argent se mérite. On ne prend plus le temps de mériter les choses. Cependant, la faute n'incombe pas aux jeunes mais à la société, au contexte social dans lequel ils ont évolué, dans lequel tout arrive rapidement. L'hyperconsommation fait que les choses avancent vite et n'ont plus de valeur, un constat que j'attribue également à la mondialisation. Aujourd'hui, on ne comprend plus qu’un tel paie une tondeuse à x euros et pourquoi le voisin achète une tondeuse à un autre prix ! S'il y a une différence de prix, c'est qu'il y a une différence de qualité dans la conception, la fabrication et les matériaux, etc. Or la tendance veut que tout ce vaut et cette erreur d’appréciation engendre la violence. Je trouve cela gravissime.
L’élection présidentielle approche : si vous étiez élue présidente de la République, quelle serait votre première décision pour dynamiser l'activité économique, pour redonner confiance ?
En termes économiques, il faut investir. Or pour investir, il faut payer moins d'impôts et disposer de moins de contraintes administratives... Mes décisions seraient orientées vers le travail et le sens du travail.
* Le projet d'ouverture de Vert Acajou a été porté par la société Acajou Entrepôt co-dirigée également par Virginie Bécheau.


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